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Fête de la Visitation de Notre-Dame

     

Fête de la Visitation de Notre-Dame

 Saint François de Sales aimait beaucoup ce mystère, grand, profond, mais tout caché disait-il à ses filles.

Quand de partout, et nos Evêques et les médias, nous incitant à nous tourner vers les plus pauvres, les humbles, les démunis, le mystère de la Visitation n’est-il pas à méditer, parce que tout à fait d’actualité ?

Cette jeune fille, Marie, encore toute émue du message qu’elle vient de recevoir de l’ange du Seigneur, part, en toute hâte, pour soulager sa vieille cousine, enceinte à son âge et pour la première fois… Pensez-donc, en quel état de précarité se trouve-t-elle !

C’est tout naturellement, que Marie, sans l’avoir encore entendu des lèvres de son divin Fils, comprend que « tout ce qui a été fait au plus humble, est comme fait à Lui-même ».

Et voici la rencontre de deux âmes chantant leur action de grâce :

            « D’où me vient ce bonheur ? »

          « Mon âme exalte le Seigneur. »

Et si nous profitions de cette fête pour faire intérieurement l’inventaire de nos vies ?... Que de bienfaits, que de grâces, que de joies reçus du Seigneur sans aucun mérite de notre part, et qui n’ont pas été accueillis avec allégresse et reconnaissance ! ! !

Demandons à la Vierge Marie, Notre-Dame de la Visitation, que ceux qui nous approchent, trouvent en chacun(e) de nous des témoins de l’Amour Divin. Dans notre travail, dans notre sourire, dans notre réconfort, partageons gratuitement tout ce que nous recevons du Seigneur car :

            « Aimer c’est TOUT donner et se sonner soi-même comme la Vierge Marie nous en a donné l’exemple ».

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Miséricorde de Dieu

 

Petit parcours biblique sur la Miséricorde de Dieu

A travers l’Ancien et le Nouveau Testament, tout se résume en un mot : DIEU EST AMOUR.

LA MISÉRICORDE DU SEIGNEUR
sans fin, je la chanterai !

 

 

" J'ai vu la misère de mon peuple, J'ai prêté l'oreille à sa clameur…
JE connais ses angoisses. JE suis résolu à le délivrer " (Ex 3-71-16ss)

 

C'est au Mont Sinaï que le Seigneur se révèle pour la première fois comme DIEU de Tendresse et Miséricorde :

 

" Yahvé passa devant Moïse et cria : " Yahvé, Yahvé,
Dieu de Tendresse et de pitié, lent à la colère et
riche en fidélité qui garde sa grâce à des milliers "(Exode 34)

 

Il est encore un DIEU qui à la fois, aime comme un père et châtie comme les papas de ce temps. C'est surtout le prophète Osée qui nous révélera la Miséricorde de Dieu :

 

" Quand Israël était enfant, JE l'aimais,
mais plus JE l'appelais, plus il s'écartait de MOI " (Osée 11-1)

" Mais pourtant J'apprenais à marcher à Éphraïm,
JE le prenais dans mes bras et
ils n'ont pas compris que JE prenais soin d'eux.
JE les menais avec de douces attaches, avec des liens d'amour.
J'étais pour eux comme celui qui élève un nourrisson tout contre sa joue.

JE me penchais sur lui et JE lui donnais à manger " (Osée 11-3-4)

Et quelques versets plus loin, DIEU nous dit :

" Mon cœur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent.
JE ne donnerai pas cours à l'ardeur de ma colère.

JE ne détruirai pas à nouveau Éphraïm,
car JE SUIS DIEU
et non pas homme au milieu de toi.
JE SUIS le Saint et JE ne viendrai pas avec fureur " (Osée 11-8-9)

 

Voilà la Miséricorde de Dieu : Son Cœur est tout bouleversé ! Toutes Ses entrailles frémissent !…Or le mot hébreu : Rahamin : Dieu le Miséricordieux, vient de raham : utérus, entrailles maternelles. Dieu se révèle comme Père et Mère à la fois : un père qui a des entrailles de mère. Et nous sommes ses enfants, ses petits enfants :

 

" Éphraïm est-il donc pour moi un fils si cher, un enfant tellement préféré,
que chaque fois que J'en parle, JE veuille encore me souvenir de lui.
C'est pour cela que mes entrailles s'émeuvent pour lui, 
que pour lui déborde ma tendresse. " (Jérémie 31-20)

 

Dieu de Tendresse et de miséricorde se révèle donc à travers les gestes de tendresse et d'amour des papas et des mamans.

 

" Car MOI Ton Dieu, JE te saisis par la main droite,
JE te dis ne crains pas, c'est MOI qui te viens en aide " (Isaïe 41-13)
" Dieu n'oublie aucun de ses enfants " (Isaïe 49-15)

" Une femme oublie-t-elle l'enfant qu'elle nourrit ?
Cesse-t-elle de chérir l'enfant de ses entrailles ?
même s'il s'en trouvait une pour l'oublier,


MOI Ton Dieu, JE ne t'oublierai jamais…
Vois donc, JE t'ai gravé sur la paume de mes mains "
(Isaïe 66-12-13)


" Ses nourrissons seront portés sur les bras et caressés sur les genoux.
Comme un fils que sa mère console, MOI, Ton Dieu, JE vous consolerai.
A cette vue, votre cœur se réjouira et votre corps sera florissant comme l'herbe "

Qui se voit porté dans les bras de Dieu tout contre son Cœur ou sur ses épaules ?
Qui voit Dieu : ABBA le prendre dans ses bras et l'élever tout contre sa joue ?
Qui se voit, donnant la main à Dieu et cheminer avec LUI sur la route de la vie ?
Qui se voit blessé, pansé par Dieu ; malade, soigné par Dieu ?

" C'est MOI qui ferai paître mes brebis et c'est moi qui les ferai reposer"
Parole du Seigneur.
" JE chercherai celle qui est perdue.
JE ramènerai celle qui est égarée.
JE panserai celle qui est blessée.
JE fortifierai celle qui est malade.
Celle qui est grasse et bien portante, JE veillerai sur elle "
(Ézéchiel 34-15-16)

 

Ces textes nous montrent qu'en toute situation, le SEIGNEUR EST LA. IL sait où nous trouver, quand nous nous sommes éloignés de LUI. IL n'oublie aucun d'entre nous. JÉSUS nous révèle la Miséricorde de Dieu par toute Sa Vie : IL ne juge pas, ne condamne personne, car IL est venu pour sauver le monde. IL met chacun devant ses responsabilités :

 

" Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre " (Jean 8-1-11)

 

JÉSUS est l'ami des pécheurs. Or tous, nous sommes pécheurs. Devant Dieu, nul ne peut dire " moi, je suis juste, je suis sans péché " Lire le juste et le publicain.

 

" Je suis venu sauver ce qui était perdu " (Luc 19-10)

JÉSUS est DIEU qui prend sur LUI tous les péchés du monde :

" Voici l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde " (Jean 1-29)
En portant sa croix, IL portait nos douleurs, nos maladies. " (Isaïe 53)

Sur la croix, JÉSUS manifeste toute la tendresse et la Miséricorde de Dieu quand IL dit :

" Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. " (Luc 23-34)

 

C'est au pied de la croix, que nous pouvons le mieux comprendre la parabole du Père qui court vers son enfant perdu et retrouvé. JÉSUS et le PÈRE sont UN dans cet acte d'amour miséricordieux du père pardonne TOUT à son enfant retrouvé et du Fils qui, donne sa vie pour lui, pour nous tous. Ainsi la miséricorde de Dieu n'a pas de limite, tout comme son amour pardonnant. Mais n'oublions pas que JÉSUS a dit :

 

" Montrez-vous compatissant (miséricordieux) comme votre Père est compatissant
Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés.
Ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés.
Pardonnez et vous serez pardonnés. Donnez et l'on vous donnera…"       (Luc 6-36-38)

Voilà pourquoi nous devons

" aimer nos ennemis ;
faire du bien à ceux qui nous haïssent ;
bénir ceux qui nous maudissent "
(Luc 6-27-28)

 

Nous le savons, il ne nous est pas facile d'être miséricordieux, mais DIEU vit en nous et LUI seul nous donne son ESPRIT SAINT pour avoir la force de pardonner, de manifester aux autres des gestes de tendresse et d'amour. Nous comblons de joie, le cœur de DIEU, non pas en nous estimant forts et justes, mais en nous voyant petits enfants capricieux (ce qui nous permet aussi de comprendre nos enfants… ou plutôt de les voir comme Dieu les voit !), faibles, pécheurs et quand nous avons l'audace de nous lancer dans les bras grands ouverts de notre Père du Ciel, notre ABBA, notre petit Papa chéri. Alors nous serons comblés de paix, de joie et d'amour. Nous pourrons vraiment chanter la Miséricorde du SEIGNEUR et l'exercer envers les autres.

 

" Car DIEU a enfermé tous les hommes dans la désobéissance
pour faire à tous MISÉRICORDE " (Romains 11-32)

 

 

… Comment ne pas penser ici à cette parole fabuleuse de la petite Thérèse de l’Enfant-Jésus : « Moi, si j’avais commis tous les crimes possibles, je sais bien que cette multitude d’offenses n’est qu’une goutte d’eau dans le brasier ardent de la Miséricorde de Dieu ! ».

 

 

Que le Seigneur soit béni pour cette tendresse qu’Il manifeste à chacun…

 

 

Père Olivier BARNAY.

 

 

 

PÂQUES

 

La paix du Ressuscité          

  

                          Dans les documents que saint François de Sales nous a laissés, nous ne trouvons peu de références à la fête liturgique de Pâques. Le saint évêque, toutefois, parle de la paix que le Christ ressuscité donne à ses apôtres : « La paix soit avec vous » (Lc 24, 36)Je suis pauvre, car ne n’ai rien. Vous savez bien que ma grandeur n’est pas dans la possessions des biens terrestres, puisque durant toute ma vie je n’en ai point eus, mais la seule richesse que je possède c’est la paix, qui est l’héritage éternel que je vous ai fait, que je confirme encore, et que je partage avec vous. Tout ce que je donne à ceux qui me sont les plus chers, c’est la paix. Voici pourquoi, je dit Pax vobis à tous ceux qui croiront en moi[1] ».

Cette paix que François de Sales souhaite à ceux qui croient en Jésus, répercutons la sur le monde entier et sur les hommes qui ne parvient pas à résoudre leurs conflits, ni à apaiser les souffrances et les préoccupations de ceux qui ont vécu de récentes catas-trophes : Haïti,  le Chili et même en France avec les inondations de ces derniers jours. Saint François de Sales affirme que la véritable paix ne viendra pas du monde, mais uni-quement de celui qui est le Prince de paix : Jésus ressuscité ! Le saint évêque met encore ces belles paroles sur les lèvres de Jésus : « Le monde ne donne point ce qu’il promet, car il est trompeur ; il amadoue les hommes en leur promettant beaucoup, puis, à la fin, ne leur donne rien. Mais moi, je ne vous promets pas seulement la paix : je vous la donne ! Ce n’est pas une simple paix que je vous laisse, mais c’est celle que j’ai reçue de mon Père[2] ».

Méditons ces paroles si réconfortantes de saint François qui nous aideront à retrouver le calme et la paix au fond de nous, pour que votre cœur puisse se dilater et s’ouvrir pleinement à l’amour : « C’est parce que l’amour ne se trouve que dans la paix, que vous devez toujours avoir soin de conserver la sainte tranquillité du cœur que je vous ai recommandé si souvent[3] ».

Conservons donc toujours la paix du Christ ressuscité dans nos cœurs, et partageons la avec tous ceux qui nous entourent, car, comme dit le saint évêque, « Si les hommes mettaient la paix entre eux, on ne verrait point de telles misères[4] ».

 

P. Gilles de Saint François de Sales,

Affilié à l’Ordre de la Visitation

 



[1] Œuvres IX, 290-291.

[2] Ibid., 291.

[3] Œ XV, 302

[4]  Œ IX , 294.

 

 

Carême LE JEÛNE

 

Entrer en Carême
                       avec
                              saint François de Sales
 
 
                                                                                                         
 
 
Le Mercredi des Cendres – qui tombe cette année sur le 17 février – nous introduira dans le temps du Ca-rême. L’Église nous invite, ce jour-là, à observer le jeûne et l’abstinence, c’est-à-dire, à ne consommer qu’un seul repas par jour, et sans viande, comme signe de pénitence et de conversion. Le jeûne, tel qu’il est voulu par l’Église, n’a pas comme but la privation, ou l’expiation de je ne sais quel péché ; au con-traire, il nous enseigne la modération, le don et la maîtrise de soi, et nous rend solidaires de ceux qui souf-frent de la faim.
Saint François constate que le jeûne, bienfaisant au corps et à l’esprit, n’a que des effets bénéfiques pour la vie spirituelle : « Le jeûne fortifie l’esprit, mortifie la chair et la sensualité, élève l’âme vers Dieu, ra-baisse la concupiscence, donne la force de vaincre et d’éteindre ses passions ; enfin, il dispose le cœur à ne chercher que ce qu’il plaît à Dieu». Le jeûne qui plaît à Dieu, enseigne le saint évêque, requiert trois conditions : (1) qu’il soit pratiqué de bon cœur, (2) sans vanité ni hypocrisie, (3) et en se plaçant sous le regard de Dieu pour accomplir sa volonté[2]. Le saint évêque de Genève, qui désirait que la pratique du jeû-ne soit libre, sincère et humble, nous rappelle que le jeûne ne doit pas s’appliquer qu’à l’estomac, mais aussi à tous les autres sens. N’est-il pas hypocrite que de priver de nourriture notre estomac, alors que no-tre langue continue à s’agiter sans frein ni contrôle? N’est-ce pas jeûner, que d’éviter de nous disperser en conversations inutiles, qui peuvent facilement nous détourner de la charité et de la prière ? « Préparez-vous à jeûner avec charité – disait saint François de Sales – car si votre jeûne est pratiqué sans charité, il est vain et inutile, et n’est point agréé par Dieu».
Chez François de Sales prévaut toujours l’équilibre et le bon sens. Par exemple, il n’autorise pas que l’on jeûne contre l’avis du médecin; il demande aussi que l’on sache remplacer le jeûne par une autre péni-tence, lorsque les circonstances ne s’y prêtent pas. Un jour, alors qu’un prélat était en visite chez François de Sales à Annecy, ce dernier alla prévenir son hôte que le souper était prêt. « Souper, répondit le prélat, je ne souperai pas aujourd’hui, car le moins que l’on puisse faire, c’est de jeûner une fois par semaine ! ». François, aussitôt, lui fit porter une collation dans sa chambre, et alla souper avec ses aumôniers. « Voyez-vous, leur dit-il, il ne faut pas être attaché à ses pratiques, même les plus pieuses, au point de ne pas savoir les interrompre quelques fois : autrement, sous prétexte de fidélité, il s’y glisse un subtil amour-propre. Le jeûne, lorsque les circonstances ne le permettent pas, peut être renvoyé à un autre jour ; on peut aussi le remplacer par la condescendance, qui est fille de la charité, et qui doit lui être préférée».
Saint François recommande le discernement et la modération dans la pénitence. Celui qui a un travail pé-nible ne devrait pas épuiser ses forces en jeûnant, disait François de Sales : « Le jeûne et le travail, prati-qués conjointement, brisent et abattent le corps. Si le travail que vous faites vous est nécessaire, ou s’il est pour la gloire de Dieu, je préfère que vous souffriez de la peine du travail, plutôt que de celle du jeûne. C’est d’ailleurs le sentiment de l’Église : pour les travaux qui sont au service de Dieu ou du prochain, elle dispense même du jeûne prescrit. L’un a de la peine à jeûner ; l’autre à servir les malades, à visiter les pri-sonniers, à confesser, à prêcher. Cette peine-ci vaut mieux que celle-là car, outre le fait qu’elle maîtrise aussi le corps, elle porte de bien meilleurs fruits. En règle générale, il est préférable de garder un peu plus de forces physiques qu’il n’est nécessaire, que d’en ruiner plus qu’il ne faut. Car on pourra toujours en perdre ; on ne pourra pas toujours en retrouver». Nous voyons combien Saint François est sage dans tout ce qu’il nous enseigne. Ce n’est pas le jeûne pour le jeune qu’il nous propose ; mais un jeûne bien “nour-rit” de l’amour de Dieu ! Voici encore une perle de la sagesse salésienne que l’on peut méditer : « Il vaut mieux pencher du côté de la charité que de l’austérité ».
 
Père Gilles de St. Fr. de Sales, affilié à l’Ordre de la Visitation


Sermon pour le mercredi des Cendres (â„– LIV), in Œ X, 182.
Idem, 182, ss.
Idem, 185.
Lettre à C. de Crépy (CCLXXXI) in Œ XIII, 36.
 La collation est un repas très léger qui ne supprime pas le jeune mais en atténue les rigueurs.
Déposition au procès de béatification de Jeanne de Chantal, art. 28, p. 76.
Introduction à la vie dévote, Œ III, 218-219.
Entretiens, in Œ VI, 308.
 

Le Caréme

 

 Le carême dure 40 jours, il est un Exode vers Pâques…
 
 
1. – Histoire sainte
 
Israël : Le carême est un Exode, comme celui d’Israël, un chemin de libération, un pèlerinage pénitentiel. C’est un pèlerinage qui va de la prison à la liberté, du désert à la terre promise, du péché à la sainteté…
 
Israël est aussi passé par là : Esclave, il travailla pour Pharaon, fut dominé par les païens. Pour parvenir en Terre promise, le peuple dut passer par le désert pour y faire une expérience.
Quelle expérience y fit-il ? Au désert, Israël a été purifié par les épreuves, Israël a surtout fait l’expérience de Dieu, de sa présence salvifique à ses côtés.
 
Le peuple élu a été guidé par Dieu lui-même sur cette route (colonne de nuée) ; au Sinaï, ils ont reçu les tables de l’Alliance, ils ont appris a faire confiance en Dieu, à l’aimer, ils ont fait tout simplement l’expérience du salut.
 
Mais dans le désert, certains se sont endurcis, ont mis Dieu à l’épreuve, ont demandé des signes et sont morts dans le désert. Ce temps du carême est donc aussi un temps de combat.
 
 
2. - Entrer dans l’histoire.
 
Chrétiens : - En bons soldats du Christ, entrons dans le combat. Comment y entrer ? Livrés à nos forces ? Seuls ? Si c’est le cas, alors tremblons. Comment faire, comment s’en sortir ?
 
Il s’agit d’une grâce à recevoir : Si nous pensons uniquement en termes de combat, de pénitence, nous sommes dans l’erreur, dans le paganisme. Notre religion est la religion de la grâce, de l’amour, du salut. Nous sommes aimés de Dieu, il vient lui-même nous sauver, il prend sur lui notre condamnation…
 
Jésus aussi passa par le désert, puis monta vers Jérusalem, y livra sa vie pour nous sauver et ressuscita. Alors, regardons-le agir, combattre, aimer, nous sauver.
 
 
 3. - La révélation de l’amour.
 
 Écoutons sa parole, entrons en dialogue avec cette parole. La Parole de Dieu vient nous parler de tout ce que Jésus a fait, offert, subi, porté pour nous, pour moi. Alors, écoutons avec amour ces paroles qui nous disent cet immense amour de Dieu pour nous. Déchiffrons dans les gestes de Jésus le langage de l’amour réel, vrai.
 
Benoît XVI : « En ce temps de pénitence et de prière, le Christ crucifié nous a révélé pleinement l’amour de Dieu. » Mais si Jésus fait tout, pourquoi jeûner nous aussi, et pourquoi faire pénitence, nous mortifier ?
 
Agapè et Éros : L’amour de Dieu est à la fois agapè et éros. Comme « éros » divin, il attend notre « oui » en retour ». Comme un jeune marié le « oui » de sa promise. Mais Adam et nous, à sa suite, nous sommes éloignés de la Source qu’est Dieu lui-même. L’homme a préféré dire « non » à Dieu, provoquant ainsi Dieu à nous sauver, « à nous manifester son amour dans toute sa force rédemptrice ».
En Jésus, nous contemplons à la fois le don désintéressé de soi et le désir passionné de réciprocité, qui nous dit « j’ai soif » sur la Croix. Alors, pour aimer en retour celui qui nous a tant aimés, « Les yeux fixés sur Jésus Christ, entrons dans le combat de Dieu. »

 
 4. - Rendre amour pour amour.
 
Soyons concrets : Pour aimer Jésus en retour, quels moyens, quelles armes « Que vais-je faire, ne plus faire, manger, ne pas manger ? » L’Église nous propose-t-elle ? La prière n’est pas un narcissisme spirituel : Non ! Prions, regardons Jésus, aimons Jésus. Passons du temps avec lui, pour lui… N’est-ce pas ce que nous enseigne chaque heure de présence bien vécue ?
 
Certaines façons de faire sont à redécouvrir. Chapelet, sacrement de réconciliation, liturgies de la semaine sainte…
Surtout, le Chemin de Croix, et méditer la Passion : « le fruit de la méditation de la passion » est une conversion, un « changement de cœur ». Le point de départ de la conversion est, pour l’Écriture « celui de la dureté de cœur », du « cœur de pierre », c’est-à-dire « le refus de se soumettre à Dieu, de l’aimer de tout son cœur, d’obéir à sa loi », et le point d’arrivée de la conversion, l’image « du cœur contrit, blessé, déchiré, circoncis, du cœur de chair, du cœur nouveau ».
 
Sainte Thérèse d’Avila a un jour découvert une statue qui venait d’être déposée dans l’oratoire : « Elle représentait notre Seigneur recouvert de plaies, tellement vraie, que lorsque je la vis je fus bouleversée car elle représentait combien il avait souffert pour nous, raconte sainte Thérèse : j’éprouvai une telle douleur à la pensée de l’ingratitude avec laquelle je répondais à ces plaies, que mon cœur s’est comme brisé ».

 
 5. - Et moi ?

Comment faire ? Chacun, selon notre histoire, les fautes personnelles commises, ce péché originel s’exprime de telle ou telle façon. Pour être efficace, notre carême, nos mortifications devront être adaptés à chacun.
 
Pour y voir clair, prier, humblement, en toute vérité. Que veux-tu de moi, comment puis-je te plaire ? Que dois-je changer ? (Et non pas : je vais en profiter pour maigrir, pour arrêter de fumer.) Si vous ne trouvez pas, demandez-vous quelles remarques vous font ceux qui vivent avec vous.
 
Tout effort que je ferai, le faire par amour. Sinon inutile et même mauvais, devient vite de l’orgueil. Je puis offrir de petits sacrifices, cachés. « Ton Père voit ce que tu fais dans le secret ! » Il l’apprécie, tu ressembles à Jésus. Rends à Jésus amour pour amour.
 
 
Arrête de te regarder, regarde le Christ.
 
 
Père Vincent BEDON

La passion du coeur de Jésus -1-

 

 
La passion du Coeur de Jésus
 
 

HEURE SAINTE

TOI, LE FILS UNIQUE DE DIEU

Au cours de ces heures passées avec toi, je voudrais, Seigneur Jésus, te contempler en ce que tu as d' absolument unique. Tu es le seul homme dans l'histoire qui a prétendu être l'égal de Dieu, mais qui, en même temps, est mort dans l'absence de dieu, dans la totale humiliation de la mort en croix. Tu es l'unique homme auquel est rendu le témoignage que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts. Je veux te regarder, toi, Jésus, le Fils unique de Dieu: toi, le Fils humilié;toi, le Fils glorifié; Jésus, l'unique Sauveur du monde.

Mon regard se porte tout d'abord sur ta revendication d'être le Fils unique de dieu, et ainsi, l'égal de Dieu.

Tu as prétendu être l'égal de Dieu.

Je reconnais donc que, dans tes paroles comme dans tes actes, tu as émis la prétention d'être de condition divine. Ceci est absolument unique dans l'histoire de l'humanité. Tu es le seul homme, qui, dans son bon sens, ait revendiqué d'être l'égal de Dieu. Je veux le redécouvrir avec un regard neuf.


Tes paroles sont sans équivoque
Ta revendication apparaît tout d'abord dans tes paroles, telles que les évangiles les font résonner. Je trouve les plus nombreuses et les plus formelles dans l'évangile de ton apôtre Jean. Par exemple: « Le Père et moi, nous sommes un » ( Jn 10, 30) ; ou encore: « Qui m'a vu a vu le Père » (Jn 14, 10) ; ou encore: « en vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu' Abraham fût, Je suis » (Jn 8, 58). Cette dernière parole est d 'autant plus solennelle qu'elle se conclue explicitement par la citation de Nom divin (« Je suis »), celui, qui selon le livre de l'Exode (3, 14), Dieu s'est attribué dans sa révélation à Moïse. D'ailleurs, tes auditeurs ne s'y sont pas trompés . Ainsi, après avoir rapporté ta parole : « Mon Père, jusqu'à présent est à l' oeuvre, et moi aussi, je suis à l' oeuvre » (Jn 5, 17 ), Jean note aussitôt : « Dès lors, les juifs n'en cherchaient que davantage à le faire périr, car non seulement il violait le sabbat, mais il appelait Dieu son propre Père, se faisant ainsi l'égal de Dieu » (Jn 5, 18). Même réaction plus loin: « Ce n'est pas pour une belle oeuvre que nous voulons te lapider, mais pour un blasphème, parce que toi, qui es un homme, tu te fais Dieu » (Jn 10, 33).

Je pourrais multiplier les exemples empruntés à l' évangile de Jean, celui qui, écrit probablement le plus tard, a le plus profondément médité le mystère de ta divinité. Mais, pour cette raison même, il est peut être plus convaincant encore de citer les trois autres évangélistes, plus fidèles à la lettre de ce que fut ton existence historique. Or, c'est justement chez eux que l'on trouve tes affirmations les plus claires et les plus majestueuses sur la conscience que tu avais d' une relation filiale absolument unique à Dieu ton Père. Je pense par priorité à ce que tu disais dans l'évangile de Matthieu (Mt 11, 25-27 ; cf. Lc 10, 21-22) : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents, et de l'avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, c'est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance. Tout m'a été remis par mon Père. Nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. » La gravité du ton annonce l »'importance décisive de cette parole. « Nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père! » Votre intimité mutuelle est telle que tu prétends que personne ne te connaît sinon Dieu lui même. Tu es » le » Fils, de manière absolument unique, et Dieu est « Ton « Père d'une façon incomparable.

 

Tu fus condamné pour blasphème

Le texte le plus décisif se trouve néanmoins chez ton évangéliste Marc, à l'occasion de ton procès :

De nouveau, le Grand Prêtre l'interrogeait : il lui dit : »Es tu le Messie, le Fils du Dieu béni? » Jésus dit: » Je le suis, et vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite du Tout Puissant, et venant avec les nuées du ciel. « Le Grand Prêtre déchira ses habits et dit ; « Qu'avons nous encore besoin de témoins! Vous avez entendu le blasphème. Qu'en pensez vous ? « Et tous le condamnèrent comme méritant la mort. (Mc 14, 61-64)

Ce qui est déterminant en cette heure où se joue ton destin, ce n'est pas que tu affirmes être le Messie, car la revendication de ce titre n'était pas de soi un blasphème. Ce n'est pas non plus la prétention d'être « Fils du Dieu béni », expression qui, pour tes contemporains n'était guère qu’une autre manière d’exprimer la dignité royale du Messie, même si, bien sûr, dans ton esprit, et sous la plume de Marc, elle va beaucoup plus loin, et vise une filiation proprement divine. Ce qui est décisif, c'est la manière dont tu explicites ta réponse. Tu t' identifies solennellement à ce mystérieux « Fils d' Homme » que le prophète Daniel ( 7, 13-14) a contemplé dans une vision, et à qui Dieu a conféré un empire éternel, et tu soulignes massivement le caractère divin de ce titre, en précisant que toi, Jésus, le Fils de l' Homme prédit par Daniel, tu siégeras à la droite du Tout Puissant ( c'est à dire au rang même de Dieu) et viendras sur les nuées du ciel (signe de la présence de Dieu dans l'ancien testament). Impossible d’être plus clair. D'ailleurs, le Grand Prêtre et le Sanhédrin ne s'y trompent pas et te condamnent aussitôt pour blasphème. Les autres mobiles, sociaux et politiques, se surajouteront à ce motif proprement religieux.

Tes gestes sont proprement divins

Mais ta revendication unique transparaît encore davantage dans tes gestes ou tes attitudes, parfois accompagnées de déclarations qui en soulignent la portée. Ce qui a d'emblée surpris et réjoui les foules en toi, c'est l'autorité avec laquelle tu parlais : « Qu'est ce que cela? C'est un enseignement nouveau plein d'autorité! » (Mc 1, 22-27). Parfois même tu te démarques nettement de toute autorité humaine, y compris la plus haute, celle de Moïse, et tu parles avec l'autorité même de Dieu dans la loi ou les prophètes, sans te référer à un autre que toi même : « Il a été dit.. et moi, je vous dis... » (Mt 5, 21-44, passim). A travers tes miracles, tu condamnes à la maladie et à la mort, et même au vent et à la mer, avec l'autorité et la puissance de Créateur : « Qui donc est il pour que même le vent et la mer lui obéissent? » (Mc 4, 41). Tu t'arroges le droit de pardonner aux hommes leurs péchés, ce qui est bien un privilège divin. Tes adversaires sont d'ailleurs choqués par cette prétention exorbitante, et, en t'entendant parler au paralytique, murmurent déjà l’accusation qui entraînera ta mort : « Pouquoi cet homme parle-t-il ainsi? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul? » (cf. Mc 2, 5-7).

Même prétention inouïe lorsque tu exiges que l'on sacrifie tout pour te suivre, et fais dépendre le salut des hommes de l 'attitude qu'ils auront adoptée à ton égard : »qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi; qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi. Qui ne se charge pas de sa croix et ne me suit pas n'est pas digne de moi. Qui aura trouvé sa vie la perdra, et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 10, 37-39 ; cf. aussi Mc 8, 34-38). Tu revendiques également une telle importance, proprement divine, que tu prétends te tenir personnellement derrière chaque homme de l'histoire, pouvoir les accueillir tous, et devoir les sauver tous : »En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40) ; »venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous donnerai le repos » (Mt 11, 28) ; »C'est ainsi que le Fils de l'Homme est venu, non pas pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20,28). Oui, celui qui parle et agit ainsi, revendique d'être plus haut que tout, au niveau même de Dieu, et tu le reconnais sans équivoque : »Il y a ici(= en moi) plus grand que le temple » (Mt 12, 6) ; »Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Mt 24, 35) ; « Vous êtes d'en bas, je suis d'en haut » (Jn 8, 23). tout autre qui parlerait et agirait de la sorte serait un gourou dangereux ou un paranoïaque délirant. Mais toi, Jésus, si tu es bien celui que tu as prétendu être- et tu l'es- tu pouvais et devais parler et agir ainsi.
 

Tu es d'une prétention inouïe et d'une parfaite humilité

Et pourtant, toi, qui, dans l'histoire, a manié le « je » avec l'audace et la prétention les plus insoutenables, tu es en même temps d'une parfaite humilité. Ce qui s'explique du fait qu'à l'intérieur même de ton incomparable revendication, tu as conscience d'être un envoyé qui a tout reçu d'un autre, Dieu ton Père, et ne cherches rien d'autre que la gloire de ce dernier, dans une parfaite obéissance et une transparence toute filiale. Cela est clairement visible chez tes évangélistes : »Tout m'a été remis par mon Père » (Mt 11, 27) ; »Pourquoi m'appelles- tu bon? Nul n'est bon que Dieu seul » (Mc 10, 18) ; » Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre » (Jn 4, 34) ; »En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui même, mais seulement ce qu'il voit faire au Père ; car ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement » (Jn 5, 19) ; »Moi, je ne puis rien faire de moi même ; je juge selon ce que j'entends, et mon jugement est juste parce que je ne cherche pas ma propre volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jn 7, 16 ; cf. aussi 8, 28-29 . 42); "Si je me glorifiais moi même, ma gloire ne signifierait rien, c'est mon Père qui me glorifie" (Jn 8, 54).

Un fait unique dans l'histoire du monde

Tous les autres fondateurs de religions- Bouddha, Confucius, ou Mahomet- lancent un mouvement spirituel, qui, une fois mis en route, peut à la rigueur se développer indépendamment d'eux. Tandis que toi, Jésus, tu es l'objet même du christianisme. Tu n'indiques pas seulement un chemin, comme Lao-Tseu, tu affirmes être toi même ce chemin ; tu n'es pas seulement le porteur d'une vérité, comme n'importe quel prophète, tu te présentes comme étant toi même cette vérité ; tu n'ouvres pas seulement une route conduisant à la vie, à la manière des philosophes, tu prétend être, dans ta personne concrète, la plénitude même de la vie divine. » je suis le Chemin, la Vérité,et la Vie » (Jn 14, 6). et ailleurs, dans le même sens : »Je suis la porte ; si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé » (Jn 10, 9) ; ou encore: »Moi, je suis la Résurrection et la Vie: celui qui croit en moi, fût- il mort, vivra, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu? » (Jn 11, 25-26).

Ceci est unique dans toute l'histoire. Et la question que tu poses est la seule qui importe: « Le crois tu? » La vraie foi chrétienne commence quand le « christianisme » fait place au Christ, fait place à Toi, Jésus ; lorsqu'un croyant ou un sympathisant cesse de s'intéresser simplement aux « idées » ou aux « valeurs » chrétiennes, prises abstraitement, et te rencontre enfin, Jésus, comme quelqu'un, celui-là même qui revendique d'être conjointement vrai homme et vrai Dieu. Un parmi des milliards d'individus, en tant qu'homme. Et l'unique, en tant que Fils éternel de Dieu, venu en ce monde.

 

Une grave tentation

 Une des plus grandes tentations dans la culture contemporaine et dans l' Eglise de ce temps est donc de réduire le Christ au christianisme, de te remplacer, toi, le Christ par ce qu'on appelle « les valeurs chrétiennes », souvent identifiées, d'ailleurs avec les valeurs universelles de la raison humaine. Mais, si nous te perdons, nous perdons tout. Sans toi, lr Christ, le christianisme s'ajoute à la longue liste des religions et philosophies. A côté du bouddhisme, de l'hindouisme, du confucianisme, du platonisme, de l'aristotélisme, du stoïcisme, du spinozisme, etc.., nous avons en plus le christianisme...Mais qui donnera sa vie pour un « isme » même s'il s'agit du »christianisme » ? Pour toi, par contre, on peut vivre et on peut mourir. Pour toi seul, qui seul le mérites.

Ceci est unique dans l'histoire du monde. Et pourtant, ta prétention sans égale n'est encore que le premier des trois traits essentiels de ta figure.

 

 


   

La passion du coeur de Jésus II

 

 
II
JEUDI SAINT

La kénose

Le second trait caractéristique de ta figure contraste du tout au tout avec ta prétention à la divinité. Il s'agit de ton extrême humiliation à l'heure de ta passion. C’est le paradoxe absolu, comme dirait Kierkegaard, de ta figure dé-figurée. Toi, qui a émis la prétention insoutenable d'être le propre fils de Dieu, tu meurs dans le silence de Dieu, apparemment abandonné de “ton”Père. C'est le mystère de ton “dépouillement”ou, encore, en grec, de la “kénose”du fils humilié qui se “vide” de sa gloire. Ton apôtre Paul a célébré cet abaissement dans la première partie de son Hymne christologique:

Le Christ Jésus, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui même prenant la condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix.

Dans ta kénose, je distingue trois étapes, ou mieux, trois aspects. Le premier est celui de l'offrande librement acceptée, du “oui” de l'amour qui consent à être livré.”Ma vie, nul ne la prend , mais c'est moi qui la donne” (Jn 10, 18). dans le déploiement du mystère pascal proprement dit, dans le déroulement des jours saints de notre salut, cet aspect correspond à l'Eucharistie instituée le soir du Jeudi Saint: “ceci est mon corps livré pour vous, ceci est mon sang, répandu pour vous”. C'est le moment de la décision lucide, où, dans une souveraine liberté, tu donnes ta vie pour la multitude, selon la volonté du Père. Puis vient le second moment, celui de l'acte par lequel ton amour qui s'est librement offert est effectivement livré, dans l'impuissance de la passion. C'est l'heure où la brebis muette est conduite à l'abattoir, où est livrée, jusqu'à la dernière goutte, ta vie qui s'est offerte en partage comme une coupe débordante. Ce second aspect de la kénose est celui de la croix, dont la gloire amère emplit le mystère du Vendredi Saint. L'anéantissement de la kénose atteint enfin son niveau le plus bas avec le troisième moment, le moment de l'offrande accomplie jusqu'au bout, et devenue ainsi un état permanent, à savoir la situation inerte qui est la tienne parce que, désormais, tu “es” livré, purement et simplement, dans une totale passivité qui est le paroxysme de ta passion. Ce dernier aspect de ta kénose -le plus mystérieux- correspond à ton état de fils mort parmi les morts; il est lié à ton abaissement ultime, celui par lequel tu es descendu dans le vide infernal de la mort: mystère à peine concevable qu'évoque le silence insondable du Samedi Saint .

Je commence donc la méditation de mystère pascal avec la contemplation du Mystère du  Jeudi Saint.

La dernière Céne

Le sens du mystère pascal, c'est à dire, le sens de ta mort, de ta descente aux enfers, et de ta résurrection, ne peut être compris qu'à la lumière de la dernière Cène. Elle y introduit, en cela qu'elle l'anticipe tout entier. Dans le mystère pascal, en effet, il n'y a qu'une merveille à comprendre: Dieu nous sauve par son amour absolu. L'amour sauveur de Dieu est la seule clef qui puisse ouvrir l'intelligence de ce mystère et, justement, cette clef m'est offerte au soir du Jeudi Saint.

Avant la fête de la Pâques, sachant que son heure était venue, l'heure de passer de ce monde au Père, Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu' à l'extrême. (Jn 13, 1).

Le lavement des pieds révèle les dispositions intérieures avec lesquelles tu entres dans ta passion d'amour pour les hommes: tu t'y abandonnes avec l'humilité de l'esclave agenouillé devant son maître et ses hôtes afin de leur laver les pieds. D'emblée, tu te révèles comme celui qui est donné, abandonné, et exploité à fond, parce que tu es “Maître et Seigneur” de l'amour, et de l’amour seulement.

Et cette disposition intime de ton coeur se confirme et s'objective à jamais dans le don eucharistique de ton corps et de ton sang. Tu es celui dont la chair est livrée, et le sang répandu, dans l'écartèlement de la mort, et qui les confie à l'humanité, non point pour lui rappeler son geste meurtrier, mais pour lui servir de nourriture et la réunir ainsi dans la communion à ton amour, et l'action de grâce rendue au Père. “Prenez, ceci est mon corps livré pour vous, ceci est mon sang versé pour vous.” La table de l'amour est dressée, son pain et son vin sont préparés, il ne manque plus que les invités.

Tout est donc dèjà accompli à la dernière Cène quant à l'amour qui anime le mystère pascal, saut qu'ici, tu “donnes” activement ta vie par amour: “ma vie, nul ne la prend mais c'est moi qui la donne” (Jn 10, 18) ; tandis que quelques heures plus tard, dans la passivité de la passion, “on” te la prendra ; tu ne la donneras plus, mais elle “sera donnée” par amour. D un côté, la liberté souveraine du don, de l'autre l'obéissance parfaite de l'amour.

L'Eucharistie contient elle même tout le mystère pascal. C'est tellement vrai que les trois aspects de la kénoseindiqués ci-dessus se retrouvent dans la célébration eucharistique.

Trois moments dans la célébration eucharistique

Ici aussi se réactualise la première étape de la kénose, celle de la libre décision de se livrer: “Prenez et mangez en tous: ceci est mon corps livré pour vous”; “Prenez, et buvez en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l'alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous, et pour la multitude, en rémission des péchés.” C'est dans la célébration eucharistique, le moment de la consécration. Puis, vient l'étape de la livraison en acte, où ton corps et ton sang nous sont réellement livrés en nourriture. C'est au cours de la messe, le moment de la communion effective à toi, Jésus crucifié et glorifié; Mais il est un troisième aspect du sacrement de l'Eucharistie, qui déborde la célébration au sens strict. C'est celui de ta présence réelle et permanente dans l’Eucharistie conservée au tabernacle, ou encore exposée sur l'autel, comme nous le faisons lors de l' adoration du Saint Sacrement. Ce dernier aspect du culte eucharistique correspond à ton état définitif d'offrande au père, et de livraison au monde qui caractérise la troisième étape de la kénose, celle d'une disponibilité absolue, poussée jusqu'à la passivité de celui qui est entièrement donné.

Aussitôt après la cène, commence ta solitude de fils humilié.

L'agonie à Gethsémani

Parvenu à Gethsémani, “il commence à ressentir effroi et angoisse et il leur dit: “Mon âme est triste à en mourir “ (Mc 14, 33-34). “Et, étendu par terre, il prie;”Abba (= littéralement: Papa), s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi; cependant, nonn pas comme je veux, mais comme tu veux” (Mc 14, 36-37. Mais tu ne reçois aucune réponse, sinon, d'après saint Luc (Lc 22, 43), celle d'un ange venu te réconforter. Le Père demeure loin et se tait. Et, à distance, les disciples dorment. Blaise Pascal a immortalisé cette scène bouleversante dans son “Mystère de Jésus”. Quelques passages de ce texte m'aideront à te contempler dans l'ennui:

Jésus cherche quelque consolation au moins dans ses trois plus chers amis, et ils dorment; il les prie de soutenir un peu avec lui, et ils le laissent avec une négligence entière, ayant si peu de compassion qu'elle ne pouvait seulement les empêcher de dormir un moment. Et ainsi, Jésus était délaissé seul à la colère de Dieu. Jésus est le seul dans la terre non seulement qui ressente et partage sa peine, mais qui le sache; Le ciel et lui sont seuls dans cette connaissance. Jésus est dans un jardin non de délices comme le premier Adam où il se perdit et tout le genre humain, mais dans un supplice où il s'est sauvé et tout le genre humain. Il souffre cette peine et cet abandon dans l'horreur de la nuit. Je crois que Jésus ne s'est jamais plaint que cette seule fois. Mais alors, il se plaint comme s'il n'eût plus pu contenir sa douleur excessive. Mon âme est triste à la mort. Jésus cherche de la compagnie et du soulagement de la part des hommes. Cela est unique en toute sa vie, ce me semble, mais il n'en reçoit point, car ses disciples dorment. Jésus sera en agonie jusqu'à la fin du monde. Il ne faut pas dormir pe dant ce temps là.

Jésus a prié les hommes et n'en a pas été éxaucé. Jésus pendant que ses disciples dormaient a opéré leur salut. Il l'a fait à chacun des justes pendant qu'ils dormaient dans le néant avant leur naissance, et dans les péchés depuis leur naissance. Il ne prie qu'une fois que le calice passe, et encore avec soumission, et deux fois qu'il vienne s'il le faut. Jésus dans l'ennui. Jésus voyant tous ses amis endormis, et tous ses ennemis vigilants, se remet tout entier à son Père. Jésus ne regarde pas dans Judas son inimitié, mais l'ordre de Dieu qu'il aime, et la voit si peu qu'il l'appelle ami. Jésus s'arrache d'avec ses disciples pour entrer dans l'agonie; il faut s'arracher de ses plus proches et des plus intimes, pour l'imiter. Jésus étant dans l'agonie et dans les plus grandes peines, prions plus longtemps.

C'est l'heure des ténèbres. Tu en as bien conscience et le déclares ouvertement à ceux qui vont t'arrêter: “Suis-je un brigand que vous vous soyez mis en campagne avec des glaives et des bâtons? Alors que chaque journée j'étais avec vous dans le Temple, vous n'avez pas porté la main sur moi. Mais c'est votre heure, et le règne des Ténèbres” (Lc 22, 52-53).

C'est l'heure des Ténèbres. Prions donc plus longtemps.

 

La passion du coeur de Jésus III

 

 

III
 
VENDREDI SAINT
 

Ta mort au rang des pécheurs

 

            L'abîme où tu descends est plus profond encore que celui de la dérision et de la honte du juste abandonné à ses ennemis. Il est, en fin de compte, l'abîme de l'abandon du fils par le Père, sur la croix: “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné?” (Mc 15, 34). Ce cri est emprunté au psaume 22, dont tu as clamé d'une voix forte le seul premier verset; il a tellement impressionné les auditeurs que marc, comme Matthieu, le rapporte dans la langue originale: “Eloï, Eloï, lama sabachtani?”. Personne ne mesurera jamais la profondeur de cet abandon. Car à l'homme, il est naturel, en quelque sorte, d'être loin de Dieu; Il est habitué au péché, familier de l'éloignement de Dieu et n'a jamais connu la proximité de sa gloire. Mais que le Fils unique de Dieu lui même soit abandonné par Dieu et perdu d'angoisse loin de lui, voilà qui passe l'entendement et ouvre une détresse que toi seul as pu éprouver, car celui-là seul qui est Dieu peut éprouver vraiment ce que c'est que d'être abandonné par Dieu. Voici donc l'innocent au rang des pécheurs, crucifié entre deux brigands, expérimentant de l'interieur la solitude des pécheurs coupés de Dieu. Ce que saint Paul exprime dans une de ces formules puissantes dont il a le secret: “Celui qui n'avait pas connu le péché, Dieu l'a pour nous identifié au péché, afin qu'en lui nous devenions justice(=sainteté) de Dieu” (2 Co 5, 21). Tel est l'abîme incomparable où descend le Fils abandonné, où tu descends. En ta présence, je veux méditer la profondeur de ce paradoxe.

 

Le paradoxe absolu

 Toi qui rassemblais les foules et entraînais derrière toi tes disciples, tu meurs seul, lâché et même renié, trahi par les tiens: “et, l'abandonnant, ils s'enfuirent tous” (Mc 14, 50)Toi, le Vivant par excellence, (“je suis la Vie”), tu es compté au nombre des morts. Toi, le Saint de Dieu, qui osais dire: “Qui de vous me convaincra de péché?”(Jn 8, 46), tu meurs comme un sans-Dieu, dans la solitude et la détresse des pécheurs; en effet, dit l'Ecriyure, “maudit soit quiconque est suspendu au gibet” (Ga 3, 13; cf. Dt 21, 23). Toi qui a prétendu être l'Expression même du Père (“ Qui me voit voit le Père”) et que Jean appelle le Verbe ou la Parole de Dieu, te voilà réduit au silence de la mort. Toi, le tout puissant dont les oeuvres émerveillaient les foules, tu ne peux désormais plus rien, tu es réduit à l'impuissance, et ne réponds rien à ceux qui t'accusent ou t'interrogent (cf.Mc 15, 4-5) comme à ceux qui t'invitent par dérision à te sauver toi même en descendant de la croix(cf.Mc 15, 29-32. Toi qui t'es présenté comme une source d'eau vive jaillissant en vie éternelle(cf. Jn 7, 37-39 et 4, 13-14), tu agonises en murmurant: “J'ai soif”(Jn 19, 28). Qui mesurera jamais l'opposition extrême, le contraste absolu d'un tel paradoxe?

 

Le seul Dieu humilié de l'histoire

Ton humiliation de fils abandonné est aussi unique, dans l'histoire, que ta prétention au rang divin. Les mythes grecs avaient bien connu l'idée du dieu souffrant, et même mourant. Mais, outre qu'il s'agissait précisement d'une conception mythique, et non d'affirmations concernant un homme historique, la souffrance y était comprise comme une épreuve marginale qui masque superficiellement et passagèrement la beauté du dieu immortel. Mais toi, Jésus, tu vas à la mort comme au coeur de ta mission et l'Evangile voit dans ta croix le lieu même où respendit la gloire de l'amour divin. Les travaux d'Hercule ne sont qu'une épreuve transitoire, les larmes de Jupiter pleurant, dans l'Iliade, son fils Sarpedon sont vite essuyées et n'affectent qu'en surface sa félicité olympienne. Mais toi, tu marches vers ton Heure, vers le baptême redoutable de ta Passion, comme vers l'épreuve décisive où tout se joue: “je dois être baptisé d'un baptême, et comme je suis oppréssé jusqu'à ce que tout soit achevé”(Lc 12, 50). Tu y vas de manière si résolue et avec une si terrible lucidité que tes disciples en sont atterré: Ils étaient en chemin, montant à Jérusalem, et Jésus marchait devant eux; et ils étaient effrayés, et ceux qui suivaient avaient peur. Et, prenant de nouveau les douze avec lui, il se mit à leur dire ce qui allait lui arriver: “Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, et ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux nations, et ils le bafoueront, et ils cracheront sur lui, et ils le fouetteront, et ils le tueront; et trois jours après il ressucitera. “ (Mc 10, 32-34)

 

L'accomplissement des prophéties d'Israël

Même le judaïsme qui, seul d'entre les religions pré-chrétiènnes, a eu conscience de l'action de Dieu dans l'histoire, n'a pas entrevu la réalité du Dieu humilié. Certes, tous tes traits sont bien présents en filigrane, dans l'Ancien Testament, mais ils forment une serie de lignes discontinues, brisées, qui ne relie pas encore un tracé unique et englobant. La Bible juive connaît la figure du Messie triomphant, associée à l'image du Roi, fils de David. Les Psaumes sont remplis de cette figure messianique et royale (cf., par exemple le Ps 2). C'est ainsi que, dans l'Evangile de Marc, l'aveugle Bartimée s'adresse à toi: “Fils de David, Jésus, aie pitié de moi! “(cf;Mc 10, 46-52, à rapprocher de Mc 12, 35-37). De même, la Première Alliance cultive l'attente d'un nouveau Prophète comparable à Moïse (cf.Dt 16, 15-18) et à Elie (cf; MI 3, 23-24, et les derniers versets de l'Ancien Testament). Elle connaît aussi le sacerdoce des fils de Lévi (cf; Ex 32, 25-29 et Dt 33, 8-11). Dans les visions de Daniel (Dn 7, 13-14), elle entrevoit la dignité transcendante du Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel. Et dans les chants du Serviteur de Yahvé, au livre d'Isaïe (Is 52, 13-53, 12), elle brosse le tableau énigmatique d'un juste écrasé par la souffrance et justifiant la multitude après avoir porté le péché des coupables.

            Mais tous ces traits, que tu vas réunir en ton unique personne par une synthèse imprévisible, demeurent disparates et même disjoints pour l'Ancien Testament, qui les répartit sur plusieurs figures incompatibles entre elles et ne pressent pas encore comment le même personnage pourrait être à la fois Messie, Roi, Prophète, Prêtre, Fils de l'homme transcendant et Serviteur souffrant, comme tu le seras. Les évengiles nous éclairent d'ailleurs sur les difficultés que tu as éprouvées, même auorès de tes disciples, pour faire accepter de tes contemporains l'idée d'un messianisme spirituel dont l'accomplissement passerait non pas par triomphe politique, mais par un abîme de souffrance préludant au surgissement d'un monde nouveau, celui de la résurrection. Ton Evangéliste Marc surtout y a insisté, soulignant l'initelligence massive de tes disciples(1) et tes extrêmes réserves à l'égard des graves ambiguïtés des titres messianiques courants(2).

            Comme le dit saint Paul, l'Ancien Testament demeure une énigme aussi longtemps qu'on ne se convertit pas à toi, qui en est le sens, le but et l'unité et qui seul enlèves le voile qui, autrement, masque sa vérité. C'est pourquoi, parlant des fils d'Israël, c'est à dire des juifs, il écrit: “Jusqu'à ce jour, lorsqu'on lit l'Ancien Testament, ce même voile demeure, il n'est point retiré, car c'est le Christ qui le fait disparaître; oui, jusqu'à ce jour, toutes les fois qu'on lit Moïse, un voile est posé sur leur coeur; c'est quand on se convertit au Seigneur que le voile est enlevé” (2 Co 3, 14-16).

 

Le Serviteur souffrant

Ainsi s'explique le paradoxe que ce soit dans l'Acien Testamentet non dans le Nouveau que se trouve la plus étonnante description de ton humiliation de Fils abandonné. Je veux relire cette page où le prophète te décrit comme Serviteur souffrant et entrevoit le fruit de ta Passion, même si le voile qui recouvre ce visage mystèrieux ne se soulève que lorsqu'on contemple en toi cette “Face pleine de sueur et de sang” que Jean-Sebastien Bach a célébrée dans sa “Passion selon saint Matthieu”:

 

 

(i)Cf. Mc 8, 14-21, 31-33; et 10, 35-45 comparé avec Mc 9, 33-37 (2)Cf., par exemple, Mc 1, 34-44; 3, 12; 5, 43; 7, 36 et 8, 26. Cette srtatégie du secret concernant les ambiguïtés d'un messianisme mal compris constitue ce qu'on appelle souvent “le secret messianique de Jésus.

 Mon serviteur réussira, dit le Seigneur; il montera, il s'élèvera, il sera exalté! La multitude avait été consternée  en le voyant, car il était si défiguré, qu'il ne ressemblait plus à un homme. De même, devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce qu'on ne leur avait jamais dit; ils découvriront ce dont ils n'avaient  jamais entendu parler. Qui aurait cru ce que nous avons entendu? A qui la puissance du Seigneur a-t-elle ainsi  été révélée? Devant Dieu, le serviteur a poussé comme une plante chétive, enracinée dans une terre aride. Il    n'était ni beau, ni brillant pour attirer nos regards, son exterieur n'avait rien pour nous plaire. Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne; et nous l'avons méprisé, compté pour rien. Pourtant, c'étaient nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il  était chargé. Et nous, nous pensions qu'il était châtié, frappé par Dieu, humilié. Or, c'est à cause de nos fautes  qu'il a été transpercé, c'est par nos péchés qu'il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur  lui, et c'est par ses blessures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun  suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à tous. Maltraité, il s'humilie, il n'ouvre pas la bouche: comme un agneau conduit à l'abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'ouvre pas la bouche: Arrêté puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s'est soucié de son destin? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à cause des péchés de son peuple. On l'a enterré avec les mécréants, son tombeau  est avec ceux des enrichis; et pourtant, il n'a jamais commis l'injustice ni proféré le mensonge. Broyé par la    souffrance, il a plu au Seigneur. Mais s'il fait de sa vie un sacrifice d'expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours: par lui s'accomplira la volonté du Seigneur. A cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu'il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leur péché. C'est pourquoi je lui donnerai les multitudes en partage; les puissants seront la part qu'il recevra, car il s'est dépouillé lui -même jusqu'à la mort; il a été compté avec les pécheurs, alors qu'il portait le péché des multitudes et qu'il intercédait pour les pécheurs. (Is 52, 13-53, 12)

Avec cette méditation du prophète Isaïe se termine ma méditation de la figure défigurée du Fils humilié. Haendel en a reflété l'infinie douleur dans la page du “Messie” qui a inscrit à jamais en des sons le quatrième chant du Serviteur de Yahvé. C'est sur le fond d'une telle contemplation que prendra tout son relief le troisième et dernier trait essentiel de ta figure, celui de Fils glorifié.

 

 

 

 

La passion du coeur de Jésus IV

 

IV
 

SAMEDI SAINT

 

Ta chute dans l'abîme

 Tout est accompli. Ta mission est terminée. Elle s'achève dans le contraste absolu. L'innocent meurt comme un pécheur; la vie s'engouffre dans la mort; la lumière est absorbée par les ténèbres; et la Parole éternelle du Père est réduite au silence. La révélation du Père par son Fils s'achève dans le mutisme de la mort. Avant d'être livré à la croix, lors du dernier repas, toi, le Verbe fait chair, tu te repands en paroles abondantes: c'est le long discours après la Cène; Mais, durant ton procès, tu te tais. (cf; Mt 26, 63). Sur la croix, toi, le Verbe de Dieu, tu parles peu - sept paroles seulement – et là pourtant tu dis tout, silencieusement, dans l'eau et le sang qui s'écoulent de ton côté transpercé. Puis, c'est la chute dans l'abîme, le grand cri qui n'est même plus une parole, la voix forte, dont l'éclat inintelligible suspend brutalement tout discours humain. “Et, poussant un grand cri, il expira” (Mc 15, 37). Oui, le Verbe s'est fait chair, et maintenant il est au nombre des morts impuissants à louer Dieu. Voici la Parole incarnée qui se trouve réduite au silence absolu des morts; Voici le Verbe de Dieu plongé dans l'univers sans forme où il n'y a plus ni discours, ni communication de sens. Tel est bien le dernier abîme de silence où tu descends dans ta kénose. Ici se termine le mystère du Vendredi Saint et commence celui du Samedi Saint.

 

“Il est descendu aux enfers.”

 Que tu sois descendu aux enfers est l'affirmation la plus mystérieuse de notre profession de foi. Pour en comprendre le sens, la représentation orientale peut être utile. Elle a été vulgarisée par la célébre icône qui te représente, tel un nouvel Orphée, pénétrant dans le séjour des morts, faisant sauter verrous et serrures et ouvrant ainsi les portes du ciel aux âmes des justes prisonnières de l'Hadés. On peut interpréter en ce sens le texte de Pierre: “Mis à mort selon la chair, le Chrisr a été vivifié selon l'Esprit. C'est en Lui qu'il s'en alla même prêcher aux esprits en prison” (I P 3, 18-19; cf; I P 4, 6). Avec beaucoup de prudence et de sobriété, le Catéchisme de l'Eglise Catholique assume cette vision des choses (cf;paragraphes 632-635). Dans le domaine de la libre interprétation théologique, il est cependant instructif de rappeler la recherche très originale du cardinal H.U von Balthasar, appuyée, elle aussi, sur certaines données de la Tradition, en même temps qu'alimentée par des expériences mystiques anciennes et contemporaines. Elle souligne plutôt la passivité de ton expérience de la mort et, pour cette raison, prend ses distances par rapport à une représentation trop active de ta descente aux enfers. Avec toute la prudence voulue, en une matière sur laquelle l'Eglise ne s'est pas prononcée explicitement, je veux retenir des vues de Balthasar quelques éléments précieux pour la méditation de ton mystère pascal.

 

Ta rencontre avec le mystère de l'iniquité.

 Subir la mort est encore une forme d'activité. Et goûter jusqu'à la lie la coupe amère de la solitude loin de Dieu est encore une expérience active. Mais par ta mort effective, par ta mise au tombeau et par l'absence de toute communication avec le monde des vivants, ta solidarité avec les hommes pécheurs et mortels s'achève dans le silence absolu de la mort. Que, sur la croix, celui qui est “la source d'eau vive jaillissant pour la vie éternelle” (Jn 4, 14) s'écrie “j'ai soif” (Jn 19, 28) au sens fort que jean donne à ce cri, voilà qui révèle déjà la détresse de la Passion. Mais que, mort, le Verbe fait chair, la Parole incarnée, soit réduit au silence des morts, voilà bien le dernier abîme d'impuissance, l'enfer ultime où tu descends: mort parmi les morts, veritablement obéissant perinde ac cadaver ( “comme un cadavre”). Le Fils lui-même a été au nombre des morts: tel est le message libérateur qui a été proclamé silencieusement, dans le vide du Samedi Saint, et cette solidarrité avec les pécheurs et avec les morts suffit à rendre compte, pour une part, du texte de Pierre sur ta mystèrieuse prédication aux esprits en prison (I P 3, 19).

            Et cependant, il faut sans doute aller plus loin encore que cette extrémité et balbutier quelque chose sur l'expérience passive que tu fais, une fois mort, de l'enfer du péché.

            Sous cet aspect, ta descente aux enfers signifie la descente paradoxale de l'amour divin dans le domaine de l'absence totale de Dieu, dans l'enfer du péché à l'état pur. On a beaucoup spéculé sur la question de savoir s'il y a eu, ou s'il y a , ou s'il y aura jamais des hommes damnés, des hommes que le péché coupe de Dieu pour toujours. En fait, personne ne peut préjuger dans le sens du salut ou de la damnation, de l'aventure d'aucune liberté. Mais, dans ta descente aux enfers, tu as fait , à coup sûr, l'expérience obscure du monde de la perdition. Tu as fait l'expèrience “abyssale” ou “ infernale” non seulement de tous les péchés des hommes, de leur “somme “, comme sur la croix, mais encore du péché comme tel, du péché à l'état pur, du pur et absolu éloignement de Dieu. J'arrive à cette conviction quand j'extrapole les expériences infernales de l'Ancien Testament et de l'Eglise et les suspends à l'expérience, à priori plus abyssale encore, de ta descente aux enfers. Toutes les angoisses des justes abandonnés, dans l'Ancien Testament, toutes les ténèbres de Job, toute la détresse du serviteur souffrant, dans Isaïe, ne peuvent être qu'une prophétie énignatique de l'abaissement infernal du Fils de Dieu. Et toutes les passions des mystiques chrétiens, toutes les nuits et tous les abandons des saints plongés dans l'obscurité des délaissements spirituels, ne peuvent être qu'une participation déficiente à la solitude unique que tu as vécue, passivement, aux enfers(3).

 

Le prix du salut du monde

 Entre ta mort et ta résurrection s'ouvre le grand silence de la mort, l'intervalle mystérieux du Samedi Saint. Il n'est pas facile de parler de ce mystère très profond, car toute expérience directe de ce genre de réalité me fait, par définiotion, défaut. Comment, dans ces conditions, faire une “déscription” de ton “être mort” alors que cet état n'appartient ni à l'ancien monde (le monde que nous connaissons présentement ni au monde nouveau (celui qu'a inauguré ta résurrection et qui se manifeste dans tes apparitions de Réssuscité) ? Le samedi Saint est précisément cet intervalle indescriptible qui sépare l'événement de ta mort et celui de ta résurrection. Le Père n'en a ouvert l'acces qu'à toi et, à ta suite, à quelques mystiques auxquels il a donné d'avoir part à l'expérience du Samedi Saint.

            Sur la base de ton expérience de fils abandonné et de certaines expériences mystiques, je puis entrevoir que l'enfer dont il est question dans ta descente aux enfers est le domaine de la concentration absolue du péché du monde, un royaume d'obscurité totale d'où Dieu est radicalement exclu et où il ne peut donc, en aucune manière être trouvé. La sécrétion de cet univers infernal provient de la liberté créée, angélique et humaine, et correspond à un risque redoutable qu'a pris la liberté divine en créant le monde. En effet, par la création d'êtres doués de liberté, Dieu ton Père a donné au monde le pouvoir vertigineux de se refuser à Lui.Et nous savons que cette possibilité est devenue réalité. Face à cette réalité, Dieu nous a donné une double réponse inspirée par un unique amour: l'enfer d'une part, et toi, son propre Fils, d'autre part. Dans son amour respectueux de la réelle liberté de sa créature, Dieu a tout d'abord permis que nous forgions ce monde ténébreux dont son amour est exclu. Et ensuite, dans un plus grand amour encore, il nous a fait le don de toi-même en vue du pardon de nos péchés. Or, voici que dans le mystère de la croix et du samedi Saint, ces deux réponses se rencontrenrt, puisque toi, le Fils, tu descends en enfer, et entres ainsi avec ton amour dans ce domaine dont tout amour est radicalement absent.L'amour éternel de Dieu a traversé le désert de l'amour et, par cette traversée, il a paradoxalement donné tout son tragique et tout son infini sérieux à l'enfer inventé par la liberté créée.

            Tu n'as évidemment pas été en enfer au même sens que les damnés peuvent y être, car, si un Homme se damne il est en enfer en raison du péché qu'il a commis, tandis que, si toi, tu descends en enfer, c'est pour y porter, dans l'amour, tout le poids de perdition d'un péché qui n'est pas le tien, mais celui du monde.. C'est par amour des hommes, que, sur la croix déjà, tu éprouves l'absence, le silence et l'abandon de Dieu. Mais ici, dans l'expèrience de la descente aux enfers, il te faut aller plus loin encore dans l'obéissance: il te faut chercher le Père là, où, par définition, il ne peut pas être trouvé.Tu as porté sur la croix les péchés du monde, et maintenant que tu es mort, tu reçois du Père la grâce de contempler cette réalité monstrueuse que tu as portée, et dont tu peux désormais sauver l'humanité. Le Père te montre l'obscurité de l'enfer, il te fait voir le péché dans sa réalité nue, en tant que péché, le péché en soi.Dans cette mesure, l'enfer, au sens du péché en soi, est le nouveau chaos qui surgit du fait que les hommes se sont éloignés de Dieu et dont jaillira la nouvelle création pascale, tout comme la première création, au premier chapitre de la Génèse, fut tirée du chaos initial.

 
        Tout ceci est bien mystèrieux. Mais il n'en fallait pas moins pour sauver le monde, pour le sauver tout entier et jusqu'au bout.
 
 

           Pourquoi donc ce paroxysme de l'obéissance, consistant à chercher désespérément Dieu dans    l 'absence de Dieu? Pourquoi, sinon pour rejoindre les refus humains de Dieu, pour rejoindre et dépasser tout l'athéisme du monde et spécialement l'athéisme pratique de notre monde contemporain? Il ne fallait pas un abîme moins profond que celui de ton Samedi Saint          pour recueillir et absorber l'abîme de notre rejet de Dieu, pour porter et enlever le mystère d'iniquité. Si le Samedi Saint manquait à ton oeuvre rédemptrice, ta souffrance et ta mort demeureraient encore, à certains égards, une souffrance et une mort humaine, comparable à celle des autres hommes. Mais , dans ta descente aux enfers, se manifeste la dimension divine de cette mort authentiquement humaine. De l'événement de la croix, je puis encore, fût-ce dans le clair-obscur de la foi, “comprendre” bien des aspects. Mais, avec ta descente aux enfers, commence le pur mystère où seul l'incomprehensible se donne à comprendre. Tel est le prix du salut du monde.   

 

 

 

 

          

 

(3) Balthasar associe constamment, sans jamais les confondre, trois sens du mot “enfer”: 1) le séjour des morts avant le Christ (les enfers, l'Hadés, le schéol); 2) le séjour des damnés (l'enfer proprement dit, la seconde mort, le châtiement éternel ); 3) le poids anonyme de perdition et d'absence de Dieu engendré par le péché du monde (le mystère d'iniquité, le péché en soi ). C'est surtout ce troisième que nous explorons ici avec lui.                                                                    

 

La passion du coeur de Jésus V

 

V

TOI, LE FILS ABANDONNE ET GLORFIE

 

 

Le témoignage unique et massif du Nouveau Testament

 Le dessin de ta figure Seigneur Jésus, s’achève avec un troisième trait, absolument unique, lui aussi, à savoir le témoignage rendu à ta résurrection d’entre les morts. Il n’est aucun autre homme, dans l’histoire, duquel on ait affirmé sérieusement une chose pareille. Mais, te concernant, le témoignage du Nouveau Testament sur ce point décisif est massif et universel. Les quatre évangiles, en effet, ont été rédigés à la lumière de la foi pascale et ne peuvent se comprendre qu’à cette lumière. On ne les saisit adéquatement qu’en les lisant en fonction de leurs derniers chapitres. Or, non seulement ils parlent chacun de ta Résurrection dans leur conclusion, mais leur concept même, qui est d’être un « eu-angelion » (en grec), c’est à dire une « Bonne Nouvelle », serait impensable et contradictoire si le porteur et l’objet de cette « joyeuse annonce » n’avait aboutit qu’à l’échec de la mort en croix, si Dieu avait définitivement abandonné celui qui se présentait comme son Fils, si le Royaume de Dieu annoncé par toi s’était éventé avec ta mort infamante. Quand au livre des Actes des Apôtres, il est tout entier consacré à l’annonce de ta mort et de ta Résurrection, depuis Jérusalem jusqu’à Rome en passant par toute la Palestine, la Grèce et l’Asie Mineure. Il en va de même pour Saint Paul dont les lettres sont toutes portées par la foi en ta Résurrection, comme en témoigne éminemment ce passage célèbre entre tous, où il s’en prend à des hérétiques (déjà !) qui niaient la résurrection des morts :

 

Or, si l’on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. Il se trouve même que nous sommes de faux témoins de Dieu, puisque nous avons attesté contre Dieu qu’il a ressuscité le Christ, alors qu’il ne l’a pas ressuscité, s’il est vrai que les morts ne ressuscite pas. Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité.  Et si le Christ n’est pas ressuscité vaine est votre foi ; vous êtes encore dans vos péchés. Alors aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ ont péri. Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non, le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis. (1 Co 15, 12-20).

 

            L’épitre aux Hébreux, elle aussi, est toute entière suspendue à la foi pascale puisqu’elle célèbre ton sacerdoce éternel, dès lors que, par ta Résurrection, tu es devenu « un grand prêtre souverain qui a traversé les cieux » (Hé 4,14). Le rôle de ta Résurrection est également central dans les épitres catholiques (de Jacques, Pierre, Jean et Jude) et surtout dans l’Apocalypse, qui s’ouvre par cette vision où Jean t’as contemplé dans ta gloire de Ressuscité (Ap 1, 9-20) et qui gravite autour de l’adoration de ta personne, sous la forme de l’Agneau pascal, immolé et ressuscité (cf. Ap 5).

 

 

La réalité de ta Résurrection.

 La foi du nouveau Testament en ta Résurrection ne procède pas d’une construction logique (« la vie doit l’emporter sur la mort ») ou psychologique (« tu as été si vivifiant que tu dois encore être vivant ») ; elle a été extorquée a tes disciples par l’expérience bouleversante, à peine descriptible (par définition), mais combien contraignante, de tes apparitions après ta mort. Sans la foi en ta Résurrection, le Nouveau Testament serait impensable et impossible. Mais sans l’expérience réelle de tes apparitions, la foi en la Résurrection eût été elle-même impensable et impossible. Comment les disciples auraient-ils oser annoncer pareille énormité, si pleine de risques (le retour à la vie du Maître qu’on a trahi !), si provocante (la réhabilitation du Messie condamné par les autorités !), et ce avec une telle audace et une espérance à ce point contagieuse, si tout s’était effectivement terminé avec l’échec absolu de la croix et si, de surcroît, ton cadavre, à moins d’avoir été enlevé (ce qui finirait par se savoir et ne pourrait fonder l’espérance pascale), reposait toujours là dans le tombeau ? La résurrection glorieuse d’un crucifié est certes, un bien grand mystère pour ma raison naturelle, mais la réalité du christianisme et la naissance de ton Eglise sans cette résurrection seraient un mystère bien plus grand encore. Ou plutôt, ta Résurrection est un grand mystère, insondable, mais tout rayonnant de sens et profondément éclairant, tandis que le phénomène du christianisme sans ta résurrection serait une énigme incompréhensible et inexplicable. Voilà qui invite à creuser la signification et la portée de ta Résurrection aux yeux du Nouveau Testament.

 

Le crucifié réhabilité par Dieu

Je trouve l’essentiel du contenu de la foi pascale dans la première prédication chrétienne telle qu’elle est rapportée par Saint Luc au livre des Actes des Apôtres. Voici comment Pierre, debout avec les Onze, s’exprime lors de la toute première annonce pascale le jour de la pentecôte : Hommes d’Israël, écoutez ces paroles. Jésus le Nazaréen, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, prodiges et signes qu’Il a opérés par lui au milieu de vous, ainsi que vous le savez vous même, cet homme qui avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez pris et fait mourir en le clouant à la croix par la main des impies, mais Dieu l’a ressuscité, le délivrant des affres de la morts […] Que toute la maison d’Israël le sache avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié. (Ac 2, 22-24, 36)

Je le vois clairement : le thème unique de ce discours de Pierre, comme des autres que rapportent les Actes[4], se résume dans l’affirmation : « ce Jésus que vous avez crucifié pour blasphème, Dieu, lui, l’a ressuscité. » Les trois traits essentiels de ta figure s’enchaînent ainsi admirablement : ta prétention divine a conduit les hommes à décider ta mort humiliante sur la croix, et ta résurrection d’entre les morts apparaît alors comme la réponse de Dieu à ta condamnation par les hommes.

            En conséquence, le troisième trait de ta figure justifie le premier par delà le second. Plus clairement : en te ressuscitant le Père accrédite ta revendication d’être l’égal de Dieu, il te donne raison et te justifie ainsi, alors que tu avais été condamné pour blasphème. A cet égard, la Résurrection est donc bien une réhabilitation du Crucifié.

 Ta glorification définitive

  Mais ta Résurrection est plus qu’une réhabilitation. Pâques te confère plus encore ta figure véritable et définitive, ta figure de gloire, en transfigurant ton visage défiguré par les hommes. En effet, tout en étant de condition divine et en prétendant l’être, tu n’avais pas revendiqué d’être traité comme tel, mais avais accepté entièrement non seulement l’humilité de la condition humaine terrestre, mais encore l’humiliation de la Passion. Mais voici que maintenant, par ta Résurrection, Dieu exalte celui que nous avons humilié et manifeste en ton humanité transfigurée la gloire jusqu’ici cachée et méconnue de ta divinité, t’établissant au dessus de tout comme Christ et Seigneur. C’est cette exaltation pascale du Fils humilié que célèbre Saint Paul dans l’hymne splendide qu’il a insérée dans son épitre aux Philippiens.

  Le Christ Jésus, de condition divine, ne reteint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.

Mais il s’anéantit lui même, prenant condition d’esclave et devenant semblable aux hommes.

S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix.

Aussi Dieu l’a t-il exalté et lui a –t-il donné le Nom qui est au dessus de tout nom,

Pour que tout au nom de Jésus, s’agenouille au plus haut des cieux, sur terre et dans les enfers,

Et que toute langue proclame de Jésus Christ qu’il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père. (Ph 2, 6-11)

 

 

L’inauguration d’un monde nouveau.

 Enfin, en te ressuscitant alors que tu avais été livré au pouvoir de la mort et mis au rang des pécheurs, Dieu inaugure en toi une humanité nouvelle et un monde nouveau qui ont traversé le double abime de la mort et du péché.

            En effet, pour le Nouveau Testament, ta Résurrection ne signifie pas un simple aller-retour à la vie présente, à la manière des « résurrections » rapportées par les évangiles. Celles-ci sont plutôt des « réanimations », porteuses d’espérance mais éphémères. La fille de Jaïre, le fils dela veuve de Naïm, Lazare sont revenus à cette vie-ci pour un temps, après quoi ils sont re-morts, si j’ose dire (avec un second enterrement à la clé…). Il n’en va pas ainsi pour toi. Ta Résurrection est une entrée définitive dans une condition nouvelle et glorieuse de vie. Paul l’affirme clairement : « Nous le savons en effet : ressuscité des morts, le Christ ne meurt plus ; sur lui la mort n’a plus aucun pouvoir » (Rm 6, 9). Pâques est ainsi pour la foi chrétienne le début de ce que l’Ecriture appelle « les cieux nouveaux et la terre nouvelle »[5] et, ressuscité, tu apparais comme le « Premier-Né de toute créature », le « Premier-Né d’entre les morts » (Co 1, 15-18) « Prémices de ceux qui se sont endormis » (1 Co 15, 20).

Au moment de conclure cette méditation, je te contemple encore dans l’une de tes apparitions :

 Ils parlaient encore, quand il se tint en personne au milieu d’eux et leur dit : « Paix à vous ! » Saisis de stupeur et d’effroi ils s’imaginaient voir un esprit. Mais il leur dit : « Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes s’élèvent-ils en vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds ; c’est bien moi ! Touchez moi et rendez vous compte qu’un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en ai. » Ce disant il leur montra ses mains et ses pieds. Et, comme dans leur joie, ils se refusaient à croire et demeuraient ébahis, il leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé. Il le pris et le mangea sous leurs yeux. Puis il leur dit : « Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures, et il leur dit : « Ainsi était –il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et qu’en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. De cela, vous êtes témoins » (Lc 24, 36-48).

 

Dans la méditation suivante, je voudrai découvrir comment, dans ta réalité incomparable de Fils unique de Dieu, humilié et glorifié, se trouve contenu mon salut et celui du monde entier.  

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


4
 


[4] Cf. Ac 3, 13-15 ; 4, 10-11 ; 5, 30-32.
[5] Cf. 2 P 3, 13 et Ap 21, 1 reprenant Is 65, 17 et 66, 22.

La passion du coeur de Jésus VI

 

VI

TOI L’UNIQUE SAUVEUR DU MONDE

 

 

Le mystère pascal, dernier mot de la Révélation.

Comme l’explique la Constitution Dei Verbum du Concile Vatican II, Dieu se révèle à nous conjointement par des événements et des paroles qui s’éclairent mutuellement. Dieu nous « parle » donc à travers des « paroles » du Nouveau Testament, mais celui-ci est la caisse de résonance d’une « parole » plus fondamentale qui s’est exprimée dans l’ »événement » du Fils de Dieu fait homme, humilié et glorifié. C’est là que Dieu nous a tout « dit » de son amour en réalisant notre salut. Il nous a tout dit en toi. « Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a donné son Fils unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle, car Dieu n’a pas envoyé son Fils pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3, 16-17). Ou, dans les termes de Paul : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ? » (Rm 8, 31-32)

 

 

Ce que Dieu nous « dit » en toi 

 A travers le premier trait de ta figure, à travers toi qui as prétendu être l’égal de Dieu, à travers toi, vrai Dieu et vrai homme, Dieu nous « dit » - et réalise- l’Alliance définitive entre Dieu et l’homme, le mariage indissoluble de Dieu avec l’humanité. C’est exactement comme s’il nous « disait » : « Moi, ton Dieu, je suis devenu ce que tu es, un homme, afin que toi, simple créature humaine, tu aies part à la vie même de Dieu. Je suis devenu homme pour que toi, tu deviennes Dieu. Mon amour t’ouvre une espérance folle. Car tu fais partie de moi pour l’éternité. Je ne puis plus être heureux sans toi. Aie confiance : l’homme a toutes ses chances d’aboutir, car lui et moi, nous ne faisons plus qu’un en Jésus. » N’est-ce pas cette espérance qui habite Paul quand il s’écrie : « Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 38-39).

A travers le second trait de ta figure, à travers toi, le Fils humilié et abandonné, à travers Jésus mourant au rang des pécheurs, Dieu nous « dit » : « N’aie pas peur. J’ai visité les enfers de ta vie et de ta mort. Même au plus profond de ta détresse, je suis avec toi. Passerais-tu un ravin de ténèbres, la crois de Jésus est là qui te rassure. Aussi bas que tu tombes, c’est en lui désormais que tu tomberas, car il est descendu plus bas que toi dans l’abîme. Aussi lourd que soit ton péché, aussi impardonnable qu’il puisse te paraître, mon Fils l’a porté à ta place, lui, l’Agneau de Dieu qui porte les péchés du monde, lui qui, sans avoir péché, a été identifié sur la croix au péché, quand il est mort dans l’éloignement de Dieu et a crié vers moi : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » N’aie pas peur. Même dans l’étroit défilé de la mort, même au cœur de la mort la plus absurde, il t’accompagne et te précède. C’est pour toi qu’il a été rassasié d’angoisse et d’effroi. C’est pour toi qu’il est descendu aux enfers, dans la plus extrême solitude. N’aie pas peur ! »

Et à travers le troisième trait de ta figure, à travers toi, le Fils perdu et retrouvé, à travers toi, le Fils réhabilité et glorifié, Dieu nous « dit » : « Sois plein d’espérance. Mon fils a tout porté et a tout traversé. Il a tout enduré et a percé une brèche en toutes tes impasses. Il a franchi le mur des tes fautes innombrables. L’océan immonde du péché a envahi son cœur innocent, il l’a submergé de tristesse et de dégoût. Et maintenant c’est pour moi qu’il vit, dans la lumière. Avec lui, tu viendras à bout de ton péché. Ouvre lui ton cœur et, de son cœur blessé par le péché du monde entier, couleront jusqu’à toi l’eau et le sang qui te régénèrent (cf. JN 19, 34). Sois plein d’espérance. Il a déjà goûté l’amertume de ta mort et t’offre, dès aujourd’hui, d’au delà de la mort, la vie impérissable. C’est lui qui te crie :  « Ne crains rien, c’est moi, le Premier et le Dernier, le Vivant : je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles, et je détiens la clé de la mort et de l’abîme » (Ap 1, 17-18). Avec lui, si tu le veux bien, tu traverseras tout. Mets ta main dans la sienne. C’est une main humaine et fraternelle qui saisira les moindres tressaillements de ton être. Mets ta main dans la sienne. C’est la main royale de ton Dieu, capable de t’assurer protection là où tout autre te fera défaut. Mets ta main dans la sienne. C’est la main transpercée de ton Dieu crucifié, apte à recueillir chacune des blessures de ta vie. Mets ta main dans la sienne. C’est la main glorieuse de ton sauveur ressuscité, la seule qui puisse t’introduire dans la lumière du Royaume. Au milieu même des épreuves de cette vie, que ta joie soit déjà celle des premiers disciples quand, ressuscité, « il leur montra ses mains et son côté » (cf. Jn 20, 19-23).

 

 

Le salut réel de tout homme

Les religions, les philosophies, les idéologies, les systèmes politiques ont fait miroiter des espoirs de salut devant les yeux des hommes. Mais cela a toujours été, et est toujours encore aujourd’hui, en mutilant l’homme d’un aspect de sa condition réelle. On offre le salut de l’âme en oubliant le corps, ce corps-ci qui est le mien. On offre le salut du corps (pour un temps) en oubliant la vocation de l’âme. On promet le salut de l’individu en oubliant le bien commun et la gloire de Dieu. On promet la sauvegarde du bien commun en mettant entre parenthèses la personne unique, etc.

En toi seul nous est offerte une espérance concrète de salut réel pour tout l’homme, corps et âme. Pas seulement pour son corps, comme en rêverait volontiers notre civilisation matérialiste préoccupée de prolonger le plus longtemps possible notre existence biologique. Et pas seulement non plus pour son âme ainsi qu’en sont tentés tous les faux spiritualismes, parmi lesquels le Nouvel Age est le plus rusé parce que le mieux dissimulé sous une apparence d’intérêt pour l’homme total. Car tu es à la fois celui qui guérit les corps ou ressuscite les morts et celui qui propose d’accueillir en lui la vie même de Dieu. Un salut pour tout l’homme, dans sa vie terrestre et dans sa vie éternelle. Pas seulement dans sa vie terrestre comme le voudrait notre culture présente, préoccupée des moyens de vivre, mais oublieuse des raisons d’être. Et pas seulement dans sa vie éternelle, à la manière des mystiques d’évasion ou des doctrines de réincarnation, prêtes à jeter à la poubelle de l’histoire ce corps unique en lequel mûrit notre destinée personnelle. Car le Royaume de Dieu que tu annonces et que tu inaugures en ta propre personne n’est pas seulement pour la fin des temps, il est déjà parvenu jusqu’à nous (cf. Mt 12,28) et se développe en ce monde comme une graine qui pousse ou un levain qui gonfle (cf. Mt 13, 31-33). Un salut pour tout l’homme donc, corps et âme, dans sa vie terrestre et dans sa vie éternelle, et non pas seulement pour sa pure pensée, ou pour sa vie économique ou pour son bref séjour ici-bas.

 Le salut réel de tous les hommes

Un salut pour tout l’homme, et aussi un salut pour tous les hommes. Pas seulement pour élite intellectuelle, morale ou historique, mais pour tous ceux-là, depuis les plus démunis jusqu’aux plus cultivés, que tu accueilles à chaque page de l’Evangile. Pas seulement pour les générations à venir, mais aussi pour les générations passées et pour le monde d’aujourd’hui ; car il y a dans la résurrection d’un homme-Dieu, dans ta résurrection, de quoi accueillir les hommes de tous les temps. Un salut pas seulement pour les puissants, mais aussi et d’abord pour les pauvres, et pas seulement les pauvres mais aussi les riches, au delà de toutes nos divisions de classes, car tu accueilles les uns et les autres, la pauvre veuve qui a mis deux piécettes dans le tronc (cf. Mc 12, 42-44) et le riche collecteur d’impôts qui est monté sur un arbre pour te voir passer (cf. Lc 19, 1-10), toi – dit saint Paul – en lequel « il n’y a ni juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28). Un salut pas seulement pour ceux qui ont eu la chance de naître, mais aussi pour les innombrables victimes de l’avortement. Et pas seulement pour les justes –« Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » (Mc 2, 17) – mais aussi et surtout et d’abord pour les pécheurs, pour les suicidés, les désespérés, les êtres avilis par la drogue, la haine, l’injustice, l’avarice, la pornographie ou la prostitution, pour les mal famés tenus à l’écart des milieux bien-pensants, à l’image de cette pécheresse publique que tu accueilles avec tant de miséricorde (cf. Lc 7, 36-50), y compris pour le plus grand pécheur – et j’ai toujours à me considérer comme étant moi-même ce plus grand pécheur.

Car, si ta figure est vrai, que signifie ton abandon sur la croix dans le silence de Dieu, que signifie ton crie de détresse sans réponse : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46), que signifie ta mise au rang des pécheurs et ta mort infamante absurde, sinon qu’en toi Dieu lui-même rejoint notre condition d’hommes mortels et pécheurs et, après l’avoir portée intégralement, la traverse par la Résurrection ? Oui, si ta figure est vraie, que signifie ta Croix et ta Résurrection, sinon que tout peut être sauvé, y compris et d’abord ce qui, à nos yeux, paraît le plus irrécupérable, mais que tu es justement venu chercher et rejoindre, « car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (cf. Lc 19, 10), « lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos faute dans son corps, afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la sainteté, lui dont la meurtrissure vous a guéris, car vous étiez égarés comme des brebis, mais à présent vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes » (1 P 2, 24-25). Aussi es-tu seul en mesure de crier à toute l’humanité : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai » (Mt 11, 28). Tout autre qui parlerai ainsi serait un imposteur. Mais toi, Jésus, tu peux et dois t’exprimer en ces termes, car « c’est vraiment lui le sauveur du monde » (Jn 4, 42).

C’est pourquoi, après la guérison d’un impotent à la Belle Porte du Temple (cf.3, 1-10), Pierre, rempli de l’Esprit Saint, ose attester devant le Sanhédrin : « Chefs du peuple et anciens, puisqu’aujourd’hui nous avons à répondre en justice du bien fait à un infirme et du moyen par lequel il a été guéri, sachez le bien, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus Christ le Nazaréen, celui que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité des morts, c’est par son nom et par nul autre que cet homme se présente guéri devant vous. C’est lui la pierre que vous, les bâtisseurs, avez dédaignée, et qui est devenue la pierre d’angle. Car il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel il nous faille être sauvés » (Ac 4, 9-12).

 

 

Jésus, seule espérance réelle de l’humanité réelle

 Oui, si tu es bien ce que le Nouveau Testament dit de toi, alors, par contraste avec toutes les autres promesses faites aux hommes au cours de l’histoire, nous avons dans ton mystère pascal la seule espérance sérieuse d’un salut réel de l’humanité concrète. En dehors de toi, Fils de Dieu fait homme, crucifié et ressuscité, nous sommes perdants à tous coup, face au défi implacable que nous lancent le péché et la mort de l’homme.

            C’est de tes plaies, Seigneur ressuscité, qu’émane la seule lumière secourable qui éclaire l’abime de notre égoïsme et de notre mort, ainsi qu’il apparaît dans la merveilleuse scène, rapportée par Jean (20, 19-23) où, se montrant aux disciples le soir de Pâques, tu te présentes à eux successivement comme la source de la paix – une paix qui remonte du fond des enfers-, de la joie – une joie qui a traversé l’impasse de la mort –, de leur mission, du don de l’Esprit Saint et du pardon des péchés. « Ayant dit cela, Jésus leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur » (Jn, 20, 20). Lumière incomparable qui éclaire toute la condition humaine après s’être elle-même engouffrée au cœur ténébreux de l’obscurité du monde. Lumière réconfortante, qui laisse enfin espérer une issue inconcevable à nos impasses. Lumière discrète, cependant, qui n’enlève pas du mal sa dimension tragique, mais en respecte le sérieux et la gravité et n’autorise donc en aucune manière le chrétien à se pavaner sur la scène du monde comme s’il en avait « résolu » le problème du mal. Lumière apaisante, mais qui appelle un grand acte de foi, car, par définition, personne ne peut « disposer » de ta puissance pascale de Ressuscité, dès lors que celle-ci appartient à un monde nouveau échappant aux critères et aux lois du monde présent. Cet acte de confiance est terriblement exigeant puisque, même après Pâques – pour une part à cause du manque de foi des chrétiens – le monde reste apparemment livré au pouvoir du péché et de la mort. La foi dans le salut intégral de l’homme offert par ton mystère pascal est même si exigeante qu’elle dépasse à priori tous les contrôles rationnels dont nous pourrions rêver. Et cependant, cette confiance quasi aveugle est digne de l’homme et raisonnable, car, nous demandant une telle confiance, tu as payé un prix suffisant pour attendre de nous une telle foi. Dieu crucifié, tu peux nous demander, sans nous aliéner, que nous remettions entre tes mains l’issue finale de notre condition mortelle, car cette exigence t’as coûté tout ton sang d’homme. Je ne saurais faire une telle confiance à Zeus olympien ou au Dieu de Spinoza. A toi, si.

C’est pourquoi, face à toi, nous aurons toujours à dire comme Pierre : « Seigneur, à qui irons nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons, nous, et nous croyons que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6, 68-69).


VII

« CROIS–TU CELA ? »

 

 

« Oui, Seigneur, je crois… »

 Devant ta figure incomparable, l’unique question qui est importante est : « Crois-tu cela ? » (Jn 11, 26) ou encore : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (Mt 16, 15). Heureux sommes nous si, avec Pierre, avec l’Eglise de toujours, dans le sillage de vingt siècles de foi chrétienne, nous pouvons répondre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16, 16).

            Les évangiles sont « l’écho » privilégié et normatif de la révélation de Dieu en toi. Et ils n’ont d’autre but que d’obtenir du cœur humain « l’écho » de la foi en retour. Saint Jean le dit clairement dans la conclusion de son évangile : « Jésus a accompli en présence des disciples encore bien d’autres signes, qui ne sont pas relatés dans ce livre. Cela l’ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom » (Jn 20, 30-31). D’ailleurs, après avoir rapporté la scène de ton côté transpercé sur la croix, l’évangéliste insiste déjà sur cet aspect de sa mission :  « Celui qui a vu en rend témoignage, -un authentique témoignage, et celui-là sait qu’il dit vrai, - pour que vos aussi vous croyiez » (Jn 19, 35). Aussi les moments les plus poignants de l’évangile de Jean sont-ils ceux où tu obtiens la foi de la part de tes contemporains[6]. Je prends le temps de méditer trois passages en ce sens.

             Tout d’abord l’évangile de Jean au chapitre 11, 21-27. Lazare est mort alors que, dûment averti de sa maladie par Marthe et Marie, tu es pourtant resté encore deux jours à l’endroit où il se trouvait (v.6). Marthe te reproche discrètement ton absence : « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » Elle ajoute cependant : « Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Sa foi est déjà grande, mais elle va devoir encore s’approfondir. » En effet, comme tu la rassures et lui garantis : « Ton frère ressuscitera », elle commence par penser à la résurrection générale des morts à la fin des temps : « je sais qu’il ressuscitera lors de la résurrection, au dernier jour. »

            C’est là l’expression de la foi chevillée au cœur du groupe religieux le plus fervent d’Israël. On sent bien cependant qu’un peu de déception se mêle à cette foi très pure de Marthe : la résurrection de son frère le dernier jour ne l’arrange pas aujourd’hui… Mais tu la provoques à aller infiniment plus loin dans cette foi. Tu lui dis : « Je suis la Résurrection et la Vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moine mourra jamais. Crois-tu cela ? » Désormais Marthe est acculée à croire que tu es en personne, dès aujourd’hui la vie éternelle, que tu es toi-même la résurrection et la vie de son frère. Elle consent et elle formule l’une des plus belles confessions de foi du Nouveau Testament : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, je crois que tu es le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde. »

            Deuxième passage : le disciple bien-aimé qui entre au tombeau après Pierre (Jn 20, 1-10). Comme Pierre, il voit le linceul affaissé et, à sa place primitive, le suaire qui avait été enroulé autour de la tête. « Il vit, et il crut. » Il vit les linge. Il comprit qu’ils n’avait pas été dérangés, mais s’étaient vidés de leur contenu. Et il crut ce que nul œil ne peut voir et nulle perspicacité ne peut comprendre, il crut ce dont l’Esprit lui ouvrit l’intelligence, il crut à ta résurrection d’entre les morts.

            Dernier passage : la foi de Thomas, l’incrédule (Jn 20, 24-29). Thomas a exigé des vérifications et s’est obstiné dans son refus de croire. Maintenant que ce vérifications lui sont proposées par toi-même en personne, il y renonce et se remet à la lumière de foi qui l’envahit. Et c’est lui qui, après avoir douté et nié, formule la confession de foi la plus audacieuse de tout le Nouveau Testament, la seule ou tu es explicitement reconnu comme Dieu : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Et, à notre intention et pour notre joie tu ajoutes : « Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui croiront sans avoir vu ! »

            Que telle soit pour moi, en chaque Heure Sainte et à jamais, la béatitude reçue de toi, Seigneur Jésus !

 

 

Mgr A.-M.LEONARD,

Evêque de Namur.  



[6] Cf. par exemple, Jean 2, 11,22 – 23 ; 4, 39-42. 53 ; 6, 68-69 ; 7, 31 ; 8, 30 ; 9, 38 ; 10, 42 ;11,45 ; 12, 42.







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Dimanche de la Miséricorde

 Le Pape Jean-Paul II a institué, en l'an 2000, le dimanche après Pâques, le Dimanche de la Miséricorde, en réponse à la demande du Seigneur à sainte Faustine :

"Je désire que la fête de la Miséricorde soit un recours et un refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. En ce jour les entrailles de ma miséricorde sont ouvertes, je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s`approcheront de la source de ma miséricorde." (Petit Journal § 699)

Sainte Faustine a été gratifiée d'apparitions régulières du Christ qui sont consignées dans un livre écrit par la religieuse : le Petit Journal. L'essentiel du message reçu par Sainte Faustine a pour principal sujet la miséricorde de Dieu pour l'humanité. Au cours de ces révélations privées, le Christ a demandé à Sainte Faustine, qui n'était à l'époque qu'une modeste religieuse inconnue, que Sa Miséricorde soit particulièrement honorée par toute l'Eglise le deuxième dimanche de Pâques.

L'Évangile de ce Dimanche de la Miséricorde est celui de l'apparition de Jésus ressuscité aux apôtres et à saint Thomas : "  Jésus vint et se tint au milieu d'eux et il leur dit : Paix à vous ! ». Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur. Il leur dit alors, de nouveau : « Paix à vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie " (Jn 20,19-21).

Le Christ ressuscité se montre aux apôtres. Il a gardé les plaies ouvertes de sa Passion, d'où jaillit la Miséricorde. Les apôtres sont à la fois invités à contempler ces plaies, à recevoir la paix et la joie de la Miséricorde et aussitôt envoyés par Jésus à en témoigner. A leur exemple, nous sommes invités à vivre l'expérience de la Miséricorde non seulement pour nous-mêmes, mais pour être miséricorde dans ce monde et amener le monde à la Miséricorde, à l'exemple du Christ.

« Loin d'être une dévotion secondaire, le culte de la Miséricorde Divine fait partie intégrante de la foi et de la prière du chrétien », affirmait Benoît XVI lors du dimanche de la Miséricorde Divine en 2008. "Jean-Paul II a valorisé l'expérience spirituelle d'une humble soeur, sainte Faustine Kowalska et a voulu que le dimanche après Pâques, soit consacré spécialement à la Divine Miséricorde; et la Providence a permis qu'il meure dans la vigile de cette fête. "Le mystère de l'amour miséricordieux de Dieu a été au centre du pontificat de mon vénéré Prédécesseur" nous dit notre Pape Benoît XVI. Témoin ce grand congrès mondial de la Miséricorde qui a eu lieu à Rome du 2 au 6 Avril 2008. Nous savons par les organisateurs que ce congrès était « un rêve de Jean-Paul II » et, humour du Bon Dieu, la seule date matériellement possible pour l’ouverture de ce Congrès était le 2 Avril… jour anniversaire de la mort de Jean-Paul II ! 
                                                                 

Père Olivier BARNAY.

 

Pentecôte

 

 

 

 

 

 

Esprit Saint

 

 

 

 
 

I. Dieu est Esprit.

Dieu est Esprit, c’est pourquoi ceux qui l’adorent doivent adorer en esprit et en vérité (Jn 4, 24).

Dieu est Esprit ; son « visage » est humainement irreprésentable mais il se manifeste, intervient et se dévoile dans l’histoire d’Israël. Les images qui l’évoquent sont nombreuses et aident à se le « représenter ».

                        Feu                             Onction, sceau

                        Vent, souffle                Nuée, lumière

                        Eau                             Main imposée transmet l’Esprit.

                        Colombe                     Doigt de Dieu

Tout cela est bien délicat ; il faut avoir l’oreille fine pour entendre sa voix.

Il est Dieu (Jn 4, 24) : Dieu est Esprit… Que l’Esprit Saint soit Dieu ne pose pas de problème a priori. Pour se rapprocher de Dieu, nous devons devenir davantage « esprit », ou spirituel. Et devenir esprit par l’Esprit de Dieu, c’est être déïfié ou divinisé. S’il divinise, c’est qu’il est Dieu. (G de Nazianze)

Le saint curé d’Ars le disait à sa façon : « L’homme est tout terrestre et tout animal ; il n’y a que l’Esprit Saint qui puisse élever son âme et le porter haut. »

C’est bien ce qu’opère en nous la grâce du baptême : Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est Esprit. Personne, à moins de renaître de l’eau et de l’Esprit ne peut entrer dans le royaume de Dieu. (Jn 3,6).

Tout est donné, mais il faut cependant toute une vie de chrétien pour découvrir la grandeur du don de Dieu. Le propre de la vie chrétienne, c’est d’acquérir l’Esprit Saint.

 

II. Jésus, le "Christ"

Jésus est nommé “Christ” pour dire qu’il est par excellence l’Oint, qu’il possède en plénitude l’Esprit de Dieu. Il est cet oint pour nous donner part à son Esprit, appelé souvent « l’Esprit de Jésus ».

Les Evangiles nous montrent abondamment les initiatives de l’Esprit en Jésus. Dès le début de sa vie publique, il reçoit le baptême de Jean. Il est alors aussitôt, chassé par l’Esprit au désert pour y être confronté au diable ; habité par l’Esprit, il peut vaincre l’Ennemi. Saint Luc aime montrer cette présence de l’Esprit en Jésus : Jésus tressaille de joie sous l’action de l’Esprit Saint, prêche, guérit, chasse les démons, ressuscite un mort, … toujours « dans l'Esprit Saint ».

La façon dont Jésus accomplit la mission confiée par son Père n’est pas servile, mais libre, inspirée à tout moment par l’Esprit Saint.

Et nous ? Vous est-il déjà arrivé de vous sentir "poussé" par l'Esprit ? De faire tel geste imprévu grâce à Lui ? L’heure de Présence nous met-elle dans cette écoute profonde de l’Esprit pour que nous agissions, aimions, servions… dans l’Esprit Saint ?

 

III.Quel type de chrétien suis-je ?

On pourrait classer les chrétiens en deux grandes catégories :

- Les chrétiens “sociologiques” qui le sont comme "par conformisme", par habitude ou détermination extérieure, et qui seraient juifs, musulmans ou animistes s'ils étaient nés ailleurs.

- Les chrétiens ayant rencontré Dieu, Sauveur, Amour, et dont la vie s’en trouve changée. Paul parle de la vie selon la chair ou selon l’Esprit.

          Vie selon la chair, vie toute humaine, trop humaine. Les œuvres de la chair sont manifestes : ce sont impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, disputes, querelles, haine, envies… énonce l’Apôtre.

          Vie selon l’Esprit. Au contraire le fruit de l'Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté, douceur, fidélité… (Ga 5,22).

Quels sont nos modèles, nos désirs ? Sont-ils ceux du monde ? Somme nous des mondains ? Vivons-nous selon la chair ou selon l’Esprit ?

Ne faisons pas de notre liberté un obstacle à l’accueil de l’Esprit Saint en nous, à l’amour de Dieu en nous, à sa présence libératrice en nous.

Le père Congar disait : « le chrétien est un être habité » : notre vocation et d’être habités par l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus. Les dons de l’Esprit construisent le chrétien dans sa relation à Dieu, les charismes le rendent aptes à la mission. Nous avons besoin de Lui, Il a besoin de nous pour transformer le monde, construire l'Église…

          Notre heure de garde peut et doit être un moment où, à travers l’humble offrande de notre devoir d’état, nous nous mettons consciemment à l’écoute de la voix de l’Esprit qui souffle où et quand il veut. Notre écoute, notre obéissance à sa voix peut ainsi transformer cette heure, mais aussi les cœurs de ceux que nous rencontrons alors et, comme un ferment dans la pâte, transformer le monde par un surcroît d’amour puisque l’Esprit est la Personne Amour.

Père Vincent BEDON

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Fête du sacré Coeur de Jésus 2009

 

FÊTE DU CŒUR DE JÉSUS, JUIN 2009
 

 

Le Cœur de Jésus et la Garde d'honneur

 

 

 

Il me semble que la quintessence de l'esprit de ce que l'on appelle l'« heure de présence » pratiquée par les membres de la Garde d'honneur est tout entier contenu dans le célèbre passage biblique de l'Ancien Testament que nous allons citer, et dans son interprétation christologique. Voici d'abord la citation :

 

 
Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Que ces paroles que je te dicte aujourd'hui restent dans ton cœur ! Tu les répéteras à tes fils, tu les leur diras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route, couché aussi bien que debout ; tu les attacheras à ta main comme un signe, sur ton front comme un bandeau ; tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes(Deutéronome 6).
En lisant ce passage, nous comprenons que le Peuple de l'élection, Israël, a pour vocation de bénir Dieu à tout moment et en toutes circonstances : au repos, au travail, dans la solitude ou en famille ou en communauté... et aussi bénir Dieu en tous lieux (tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes)... et encore manifester cette bénédiction visiblement sur soi (tu les attacheras à ta main comme un signe, sur ton front comme un bandeau).
Et voici maintenant l'interprétation christologique qu'en a fait, il y a plus de 20 ans, un ancien chapelain de Paray-le-Monial ; en voici l'essentiel résumé.
Aucun des enfants d'Israël n'a jamais été capable de mettre pleinement en pratique ce commandement de Dieu ; personne, à cause du péché et de ses conséquences, n'a jamais été capable d'exprimer et de vivre en plénitude cette exigence de la bénédiction et de l'action de grâces permanente envers Dieu. Un seul a accompli en plénitude ce précepte : Notre Seigneur Jésus-Christ. Lui seul a aimé Dieu son Père de tout son Cœur... jusqu'au transpercement du Cœur, le Vendredi Saint. Lui seul a su attacher ce précepte de l'amour sur ses mains clouées sur la Croix, et sur son front ceint de la couronne d'épines. Lui seul a su écrire avec son sang ces paroles sur les montants de la Porte, le bois de la Croix (enseignement à une session de liturgie, 1986).
 

 

Or, dans le Christ, principalement grâce aux sacrements du Baptême et de l'Eucharistie, nous avons été rendus capables d'entrer peu à peu dans cette plénitude de la bénédiction et de l'action de grâces de Notre Seigneur envers son Père. Saint Paul, que nous honorons tout au long de cette année, l'exprime très exactement en nous exhortant : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (I Corinthiens 10). Et encore : « En tout temps et à tout propos, rendez grâces à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus Christ » (Ephésiens 5). 

 

 
Reconnaître la présence et l'action aimante de Dieu dans tous les détails de notre vie et lui répondre par l'action de grâces en lui offrant, en lui consacrant notre personne tout entière et nos activités, c'est « rendre amour pour amour » selon ce que Jésus a demandé à sainte Marguerite Marie. Là, nous sommes au cœur de la signification profonde de l'« heure de présence ». Poursuivons notre méditation.
 
Le Concile Vatican II, dans la constitution Gaudium et Spes, nous dit que le Verbe de Dieu, le Fils Divin, « a voulu travailler avec des mains d'homme... et a voulu nous aimer avec un cœur d'homme ». Ces paroles très sobres sont d'une grande profondeur : nous considérons l'Amour Divin, l'Amour infini et éternel de la très Sainte Trinité, qui veut s'exprimer de manière visible et tangible à travers l'humanité du Fils. Il nous rejoint dans notre histoire, en toute notre condition, aussi bien dans notre vie de prière que dans notre vie de travail, dans nos joies et dans nos peines. Par Lui et en Lui, toute la condition humaine, dans ses innombrables facettes, est sanctifiée et devient offrande parfaite au Père. L'« heure de présence » nous est donnée pour en prendre conscience. Nous offrons une petite tranche de notre journée pour la faire entrer dans la parfaite offrande du Cœur du Verbe incarné. Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu'ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité (Jean 17). Nous entrons dans la douceur et l'humilité du Cœur de Jésus (cf. Matthieu 11) en vivant, uni à lui, l'activité de cette heure, quelle qu'elle soit. À « ce Cœur qui a tant aimé les hommes », nous donnons la réponse de notre pauvre amour... avec son Amour à Lui, nous nous efforçons d'aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre pouvoir... que nous soyons couchés, que nous soyons debout... au repos ou au travail. Au sens très large, c'est, tout compte fait, une heure eucharistique... même si nous ne la passons pas devant le Saint-Sacrement.
 

 

Tout en étant vécue comme un temps d'union très personnelle au Cœur de Jésus, cette heure passée en sa Présence, au cœur même de nos tâches quotidiennes, revêt aussi une dimension essentielle d'intercession... intercession qui embrasse toute la destinée et l'histoire humaine pour la plonger dans le Cœur brûlant d'amour du Rédempteur.

 

 
Pourquoi alors ne pas offrir cette heure pour des intentions précises dictées par l'exercice des trois vertus théologales, Foi, Espérance, Charité ?
- Prier avec cette foi que Jésus attend, dans l'Évangile, de ceux qui l'approchent, pour une personne ou pour une situation précise.
- Rendre grâce dans l'espérance pour la manière dont le Seigneur va exaucer nos prières.
- Prendre la décision concrète de poser dans la journée un petit acte de charité pour que, par notre humble collaboration, « les feux ardents de l'Amour du Cœur de Jésus, qu'il ne peut contenir en lui-même, soient répandus » (Notre Seigneur à sainte Marguerite Marie). Peut-être que, parfois, cet acte de charité sera de témoigner et d'évangéliser humblement pour réconforter et contribuer au salut des âmes.
 
En définitive, l'« heure de présence », c'est vivre simplement et humblement ce que Jésus demande à la sainte Visitandine de Paray : rendre amour pour amour en consolant son Cœur et en réparant pour tous ceux qui, inconsciemment ou consciemment, offensent l'Amour infini. C'est participer à la grande œuvre de la Rédemption. C'est devenir soi-même, en quelque sorte, Eucharistie « pour la vie du monde ».
 
Père Jean-Rodolphe Kars, chapelain de Paray-le-Monial

 

L'Avent

 

 

 

L' AVENT

 

Petit Mot aux Gardes d'Honneur pour ce beau temps de l'Avent

 

Aux Gardes d’Honneur du Sacré-Cœur de Jésus.

Nous allons bientôt entrer dans le temps liturgique de l’Avent – un  temps d’Attente…

Attendre ? Oui, mais qui ? quoi ?

 

Voilà une bonne question au moment où nous entrons dans le temps de l’Avent. On dit, à juste titre, que ce temps est le temps de l’attente. Mais au fond, qu’attendons-nous ? qui attendons-nous ? S’agit-il d’attendre Noël et tout ce qui va avec ? Le temps de l’avent est-il un temps qui nous est donné pour préparer nos maisons, nos rues, à une fête qui, si on en reste là, pourrait passer comme les autres :

après Noël on préparera Pâques ! ?

 

Derrière ces interrogations il me semble qu’une question se dégage aujourd’hui d’une manière très forte : A-t-on besoin d’un Sauveur ?... et puis, pour être sauvé de quoi ?

 

Dans le relativisme ambiant qui nous entoure, l’Eglise, une fois de plus, experte en humanité, permet à chacun de vivre ce temps liturgique de l’Avent comme un véritable repositionnement. Notre vie tout entière est un perpétuel Avent : Nous attendons avec impatience que le Christ revienne enfin dans sa gloire pour inaugurer Son Règne Eternel. Voilà le vrai sens de l’Avent : creuser en nous le désir de la venue, du retour du Christ.

« Veni Domine Iesu, Viens Seigneur-Jésus ! ».

 

Notre monde abîmé par le péché a besoin que le Christ vienne illuminer chaque homme, chaque femme, nos frères et sœurs en humanité. « Le Sauveur que le monde attend pour tout homme est LA vraie lumière ! ». Nous sentons bien que dans notre pèlerinage sur la terre nous passons de bonheur en bonheur. Le drame de l’humanité est qu’elle a voulu remplacer Dieu par l’argent, le sexe, le pouvoir, le profit. D’où cette espèce d’engouement permanent à faire la fête ! Combien de soirées, de week-end, de rencontres organisés « pour faire la fête »… hélas, une fête –aussi bonne soit-elle – qui est vide de sens si elle n’est pas habitée par la Présence de Dieu. Force est de constater que nous sommes bien souvent blasés, repus… la vie sans Dieu laisse un goût d’amertume.

 

Oui, nous avons besoin d’un Sauveur qui vienne nous donner Sa Joie, la vraie, celle que personne ni rien ne peut nous ravir. Oui, nous avons besoin d’un Dieu qui nous redise combien Il nous aime, nous avons besoin du Cœur de notre Dieu qui comble nos attentes. Alors, oui, Amen, viens Seigneur Jésus !

 

Profitons de ce temps de grâce pour creuser en nous le désir de voir Dieu ! Je vous invite fermement à ne pas entrer dans l’esprit du monde : Prenez le temps de vivre ce temps de l’Avent comme un vrai temps d’attente, un temps de conversion, un temps de repentir ; en un mot : temps de l’Avent comme temps de Retraite Spirituelle où Dieu seul comblera nos cœurs.

 

Ainsi nous préparerons saintement à nous prosterner d’ici quelques semaines

devant l’Enfant-Dieu. Bon et saint temps de l’Avent à tous !

 

 

 

 

                   Père Olivier BARNAY, Curé de St Rambert-en-Bugey (01).

 

 

 

 

NOËL 2009

 

                                                 NOËL, NOËL!

 

                  UN ENFANT NOUS EST NÉ, UN FILS NOUS EST DONNÉ.

 

Chrétien, prends conscience de ta dignité !

 

C’est ainsi que Saint Léon le Grand interpelle les Chrétiens dans un sermon qu’il a prononcé le matin de Noël. 

Au moment où dans notre pays est lancé dans toutes les Préfectures le débat sur l’identité nationale, nous ne pouvons que faire le lien entre cette discussion et la venue de Jésus dans notre monde. 

En effet, l’Evangile de St Jean qui est proclamé le matin de Noël le dit : « Le Verbe était la vraie Lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde ». Jésus le Christ est la Lumière du monde, Celui qui vient nous arracher des ténèbres de l’ombre de la mort dans laquelle nous a plongé le péché originel. Par son Incarnation, Dieu vient révéler à l’homme ce pour quoi il est fait : Nous sommes nés de Dieu et nous sommes faits pour Dieu. Par le mystère de son Incarnation, Dieu vient révéler à l’homme sa nature la plus profonde, son être le plus profond.

 

Parallèlement à la question ‘qu’est-ce qu’être Français ?’, le Chrétien peut s’interroger en ce jour de Noël : Qu’est-ce qu’être Chrétien ? c’est-à-dire, Disciple du Christ ?
 

Mgr Bagnard, Evêque de Beley - Ars, dans un éditorial datant du 11 Décembre dernier écrit : « S’interroger sur l’identité nationale, c’est retrouver le chemin des origines et les assumer comme un creuset qui, au fil des siècles, a forgé l’identité de notre pays. Cette interrogation conduit à reconnaître que l’un des facteurs majeurs de cette identité, c’est bien le christianisme. »

 

La venue du Sauveur parmi les hommes doit nous permettre à nous qui sommes ses disciples de redoubler de force et de courage pur affirmer paisiblement au monde qui nous entoure les vérités de la Foi Catholique que nous embrassons. Ce courage et cette force du missionnaire nous la recevons en ce Saint Jour de Noël de la part de Celui qui est l’Emmanuel, Dieu avec nous.

 

Voilà donc ce que nous pouvons souhaiter les uns pour les autres en ce Noël 2009 : Que chaque chrétien puisse approfondir sa Foi et, se faisant, être porteur auprès de ceux vers lesquels il est envoyé de l’Espérance qui nous habite : Le Christ, pour tout homme, est la vraie lumière.

 

Bon, Joyeux et Saint Noël à chacun d’entre vous, à chacune de vos familles, à vos proches – Que Jésus-Enfant élève sa main et vous bénisse !

 

 

 

 

Evangile

saint Matthieu« En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté. Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.
Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

Mt 11, 25-30

 

 

Homélie


 
Chers gardes d’honneurs,
 
 Ce passage de l’Évangile de saint Matthieu est la parole que nous avons entendue le jour de la fête du Sacré Cœur le 31 mai 2008.
 
« En ce temps là », n’évoque pas seulement un temps révolu appartenant au passé qui serait mieux qu’aujourd’hui. Non, c’est le temps où Jésus a parlé, mais plus précisément, c’est le temps où Jésus a prié. Aujourd’hui encore, Jésus prie ainsi. Sa prière n’est pas dépassée mais elle est tout à fait actuelle. Jésus nous partage sa prière qui grâce à son Esprit, l’Esprit Saint, devient notre prière.
 
 

 

 
La prière de Jésus est une prière de louange, d’action de grâce qui respire l’allégresse. Jésus nous montre que le secret de la joie réside dans le fait que le Seigneur du ciel et de la terre, c'est-à-dire le Père, révèle aux touts petits et aux humbles ce qu’il cache aux sages et aux savants.
 
Il nous faut être humble et petit pour accueillir ce que le Père nous révèle non pas à cause de nos mérites, de nos efforts mais à cause de sa bonté, de son bon vouloir, selon son bon plaisir. Je ne peux pas revendiquer ce que le Père me révèle gratuitement. Je peux seulement me disposer à accueillir dans la joie ce que Dieu veut bien me manifester.
 
Il nous manifeste la communion d’amour qu’il ya entre le Père et le Fils et mieux encore il veut nous faire connaître cette communion. Cette connaissance nous est donnée gratuitement.
 
La deuxième partie de l’Évangile me rappelle la parole de Benoît XVI qui reprend et complète Jean Paul II : « n’ayez pas peur, du Christ ! Il ne prend rien il donne tout ! ». Cette expérience du Christ qui nous invite à venir à lui se fait parfois dans des circonstances douloureuses comme saint Jean au moment de l’institution de l’Eucharistie où il fait l’expérience du Cœur de Jésus en posant sa tête sur la poitrine de Jésus pour lui demander qui de ses amis allait le trahir. Je pense à ce père de famille il y a quelques années qui m’avouait avoir reçu la consolation de Jésus au moment où il fût écrasé par la peine d’avoir perdu son fils qui s’était suicidé. La consolation de Jésus est au-delà de ce que l’homme peut imaginer. Si tu peines sous le poids du fardeau, courage, confiance, viens vers Jésus, Il est le repos, la consolation, la force, la guérison, la paix.
 
Jésus nous demande alors de prendre sur nous le joug et en d’autres termes d’apprendre de lui qu’il est doux et humble de cœur.
Nous savons que le joug dans la Bible, c’est la loi. Or la loi nouvelle qui n’abolit pas la loi mais l’accomplit c’est la loi de l’Esprit, la loi de l’Amour. Certes cet Amour est divin mais pas seulement. C’est un amour humain. D’ailleurs Benoit XVI disait pour l’angélus du dimanche 1er juin 2008 que la spiritualité du Sacré Cœur est la spiritualité de l’incarnation. Jean Paul II écrivait aussi pour le 300ème anniversaire de la mort de Sainte Marguerite Marie : « Auprès du Cœur du Christ le cœur de l’homme découvre sa capacité d’aimer. » Auprès du Cœur doux et humble du Christ le garde d’honneur découvre sa capacité d’aimer avec un cœur doux et humble comme son maitre et Seigneur Jésus Christ.
 
 

 

  
Père Édouard Marot
Recteur des sanctuaires de Paray-le-Monial
Directeur particulier de la Garde d’Honneur

 

« Jésus doux et humble de cœur rend mon cœur semblable au tien »

La prière de Jésus est d’abord une prière adressée à son Père. Il se révèle à travers les paroles de son Fils être le Père plein de bonté qui a pleine confiance en son Fils. La prière du Christ, comme toute prière chrétienne, est adressée ultimement au Père par le Christ dans l’Esprit Saint. Comme dans l’Eucharistie où les prières de la célébration sont adressées au Père, la prière des baptisés est une prière qui s’adresse au Père. Ne disons nous pas chaque jour : « Notre Père… »

Ecouter l'homélie



Fichier mp3   Paroles du Père Édouard Marot
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Saint du jour
Samedi 31 Juillet
Fête du jour : Ignace de Loyola
Réflexion journalière
« Tirer une parole...la garder dans son coeur »

Heureux est l’homme, celui-là qui met sa foi dans le Seigneur.
Ps 40, 5
Actualité du moment

                            

 4ème Centenaire
de
l'Ordre de la Visitation

 


Remise des Constitutions

à Mère Jeanne-Françoise de Chantal

Fondatrice avec Saint François de Sales

 

 

"Donnez-vous à Jésus sans partage

et

Il se donnera à vous sans mesure"

St François de Sales
 

 

Le Coeur de Jésus se réjouit

48 Personnes se sont engagées

en la solennité du Sacré Coeur

pour consoler son coeur 

et lui rendre AMOUR pour AMOUR

 

prions pour les nouveaux ordonnés

et pour tous les prêtres

Demandons au Cœur de Jésus

de protéger et soutenir

son corps qui est l'Église